‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 78 sur 191 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

C'est un talent qui n'eut pas le temps de mûrir et de donner les fruits que promettait une heureuse imagination, douée de sentiment et de grâce. Ses compositions sont courtes et peu nombreuses : ses Odes sur let Passions, sur la Terreur, sur {^Liberté étincellent de beautés de premier ordre ; dans le genre gracieux, les odes sur la PUié, sur le Soir sont des modèles. L'ode sur les Superstitions écoêsaises est de plus longue haleine, et plus travaillée; la verve poétique y a un souffle puissant, qui s'élève par moments jusqu'au pathétique.

William Shenstone (1714-1763) se place à côté deCollin> pour le talent , quoiqu'il ait moins de naturel et de force. Ses Pastorales eurent beaucoup de succès de son temps , mais la fadeur et l'affectation qui y régnent les ont fait un peu oublier. Il y a plus de naturel et de charme véritable dans sa Maîtresse ^ieok, où il raconte ses souvenirs d'enfance et ses premières impressions au village , dans un style simple et enchanteur.

Nous aurions à mentionner beaucoup d'autres poètes pendant cette période de transition , si nous voulions être complet, au risque de devenir fastidieux. Le talent ne leur manque pas, à défaut de génie; mais ils n'offrent aujourd'hui au lecteur, surtout au lecteur étranger à l'Angleterre, qu'un intérêt médiocre; ce qu'il cherche avant tout, ce sont les grands noms , immortalisés par ces œuvres qui deviennent, à cause de leur retentissement et de leur puissance , le patrimoine commun de l'humanité.

Nous citerons pourtant encore William Hason (1726- 1797), dont les odes sont assez remarquables, surtout YOde à la vérité, belle composition qui met l'auteur presque au niveau de Gray. — Tobie SmoUett (1720-1771), écossais, qui fut à la fois poète, médecin, historien , ro-

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mander et critique. Sa tragédie, le Régicide, sur la mort de Charles I", ayant été refusée par les acteurs, il fit contre eux deux satires virulentes, VAm et le Reproche, puis des romans licencieux, qui ne font pas honneur à sa mémoire. Il se chargea ensuite de la rédaction du journal Crilical Review , dont l'extrême partialité lui attira l'amende et la prison. Il voulut se relever en écrivant l'histoire , et composa Y Histoire S Angleterre , depuis Jules César jusqu'à la paix d'Aix-la-Chapelle , ouvrage qui eut tout d'abord un grand succès. Ses Aventures (Tun atome sont une sorte de roman satirique , où, sous des noms japonais , il passe en revue les hommes politiques de l'Angleterre. C'est un écrivain fécond et original , qui pouvait s'élever davantage s'il eût mieux dirigé son talent. — Les frères Warton , tous deux poètes et critiques, ont fondé l'école dite wartonienne, qui préluda au romantisme de nos jours. Leurs œuvres propres sont moins originales que leur doctrine poétique, qu'ils s*eflbrcent de rattacher, ajuste titre, à l'inspiration, ayant pour base l'invention et l'imagination. Josepb Warton se distingua surtout par son Essai sur le génie et les écrits de Pope, qui eut un grand succès. Son frère, Thomas, a composé, avec quelques Odes distinguées» V Histoire de la poésie anglaise du douzième au dix-huitième siècle. — Richard Glover (1712-1785) fut négociant et poète;, il se fit une assez grande réputation par son poème héroïque en sept chants Léonidas, dont le plan est heureux, les caractères bien dessinés, mais le style lourd et peu harmonieux; il y ajouta une suite en trente chants, YAtJU^ na^de, dont l'intérêt est moindre, et qui n'eut pas de succès. Cet auteur est un de ceux auxquels on attribue les fameuses Lettres de Junius, mais sans certitude. — Tickell ( 1686-1740) fut un ami fidèle d'Addison, dont il chanta la

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