CHAPITRE NBUVIÈMB
mort dans une admirable élégie, qui a porté bonheur à sa mémoire. Ses autres poèmes sont à peu près oubliés. — Akenside (1721-1770) est l'auteur du poSme célèbre sur les Plaisirs de fimaginalian, en trois chants et en vers blancs , d*un style brillant et élevé : c'est le meilleur de ses ouvrages. — James Beattie (1735-1803), fils d'un pauvre fermier écossais, obtint au concours une bourse au collège d'Aberdeen, et put ainsi faire de bonnes études, qui développèrent en lui le goût de la poésie et de la philosophie. Il devint professeur, et commença sa réputation en publiant un recueil A* Élégies, à* Odes et de Stances, qu'il dépassa plus tard par un poème en deux chants, le MéntHrel, œuvre d'un goût très-pur et d'une constante harm 3nie, Ses amis le firent nommer à la chaire de philosophi e du collège Mareschal, et, quoique novice dans cette scie, ce , il y obtint bientôt un succès mérité. 11 devint un des iondateurs de l'école philosophique, dite écossaise, à la suite du docteur Reid, et il combattit comme lui la funeste doctrine de Locke , fondée sur la sensation. Cette école réagit puissamment, au nom du spiritualisme, contre les doctrines matérialistes et sceptiques qui dominaient alors.
Dans le genre didactique , nous pourrions citer d'assez nombreux poètes , car tous les genres ont été cultivés dans ce siècle avec un certain succès; mais une sèche nomenclature n'offrirait aucun intérêt, et une étude détaillée serait de trop dans ce livre dont la brièveté doit être un des mérites. Nommons seulement Somerville , pour son poème de la Chasse, en vers blancs, écrit avec verve. - Àmstrong , auteur de Y Art de conserver la santé , sorte de Traité d'hygiène qui a du mérite.
William Gowper (1731-1800) est un des meilleurs poètes de la fin du siècle, et sans une fatale disposition à la folie.
fruit d'une sensibilité excessive, il eût pu arriver plus haut encore. Ses Bymnes reUgieuses sont l'expression d'un mysticisme exalté , dont son cerveau fut travaillé pendant toute sa vie, et que les soins de ses amis ne purent guérir. Deux ouvrages recommandent son nom à la postérité, un poème en six chants, intitulé la Tâche {the Talk), et une traduction d'Homère en vers blancs. Le premier ouvrage est le résultat d'une gageure : on l'avait défié d'écrire un poëme sur un sopha. Il se mit à l'œuvre, et, s'écartant bientôt du sujet obligé, il entre dans des descriptions champêtres d'un effet admirable; il peint le bonheur de la vie domestique et y mêle très-heureusement le sentiment moral et religieux. Sa manière est simple, aisée, familière; il cause avec le lecteur et l'intéresse fortement par l'impression d'une vive personnalité. Moins solennel que Thompson , il a plus de délicatesse et de grâce : l'homme fait oublier le poète. Dans sa traduction A'Homère, il cherche à se rapprocher, mieux que Pope, de la simplicité et de la grandeur de l'original, à l'aide du vers blanc qu'il a adopté. Il arrive, en effet, à être plus fidèle au texte, mais il n*échappe pas à la monotonie. Sa un fut triste : la misère, le désespoir, suivi de la folie.
Georges Grabbe (1754-1832) s'est fait une grande réputation en Angleterre par la forme originale de ses poésies ot la forte imagination de ses tableaux réalistes. Il avait passé son enfance et sa jeunesse dans les transes d'une misère profonde, rendue plus amère encore par les aspirations d'une intelligence supérieure. Après avoir fait de vains efforts pour s'établir apothicaire, il était venu à Londres sans autres ressources que de nombreux manuscrits; il serait mort à la peine si la main généreuse de Burke ne fût venue à son aide pour faire publier son