CHAPITRE NEUVIÈME
poème la Bibtioilàque, qui le mit en évidence et lui permit de surmonter la misère. Il obtint une cure , et put dès lors se livrer à son goût pour la poésie. Ses principaux poèmes sont : le ViUage, le Registre de paroisse^ le Bourg, les Contes en vers, les Contes de la Salle, Sir Eustache Grey, la Salle dejusUee, etc. Grabbe est un profond observateur, un peintre émouvant des passions ; et surtout des misères humaines. Loin de chercher à embellir la nature , il se plaît à la montrer dans toute sa nudité , dans sa dépravation, ses tristesses; il creuse et anatomise cette veine jusqu'à épuiser la sensibilité du lecteur. On sent un homme qui a parcouru tous les degrés de la souffrance , qui a sondé les abîmes du vice et du crime dans son contact avec les classes déshéritées; ces peintures énergiques, qui rappellent les tableaux de Hogarth, sont d'une réalité désespérante , et finissent par répugner au lecteur. Le naturel ne doit pas forcer Fart ni en franchir les bornes.
Robert Bums (1759-1796) est aussi un homme du peuple, un simple paysan écossais, dont le génie poétique se fit jour à travers les épreuves de la vie. Son père tenait une petite ferme dans le comté d'Ayr, et pouvait à peine faire vivre ses sept enfants en payant son fermage ; il allait être mis en prison pour dettes , quand une maladie de poitrine remporta. Le jeune Bums , avec ses frères et sœurs , prit une autre ferme, et n'y réussit pas mieux. Pourtant il parvenait à s'instruire, jsn lisant la nuit pour travailler le jour; il sentait en lui l'immense besoin de savoir et d'épancher son Ame dans des vers. A vingt-sept ans, un premier recueil de poésies qu'il publia lui donna conscience de sa valeur et lui rapporta quatre-vingts livres, une seconde édition cinq cents livres. Les protecteurs lui Tinrent avec les admirateurs; il obtint une petite place
dans Texcise, et il aurait pu arriver & Taisance si ses besoins et ses passions n'eussent augmenté avec ses succès. Il s*en prenait à la société de ses misères et de ses souffrances; il a contre elle Tftpre et jalouse irritation de Rousseau; c*est un égalitaire courroucé, un admirateur de la RéYoIution française, un ennemi déclaré de l'Ëglise, tout cela par boutade de poète, dans les moments de souffrance et de mauvaise humeur; car, au fond, l'instinct spiritualiste domine dans sa poésie. A trente-sept ans, la débauche le tua : à la suite d'une orgie, il s'endormit dans la rue par un froid de janvier, et mourut peu après, laissant dans la misère une veuve et cinq enfants. Triste vie, triste fin d'un poëte!
Et pourtant quelle grftce, quelle délicatesse, quelle délicieuse harmonie dans ces poésies lyriques, les unes écrites en anglais, les autres en dialecte écossais! Quel sentiment profond de la nature, quelle vérité dans la pensée et l'expression I Dans la peinture de la vie des champs , il a un charme puissant et une fraîcheur surprenante. Dans ses pièces satiriques ou humoristiques, il brille par une vive imagination et une piquante originalité.
Chatterton (1752-1770) est l'auteur d'une supercherie littéraire qui a contribué, autant que ses malheurs, à donner de la célébrité à son nom. Ce jeune poète, fils d'un maître d'école de Bristol, est un exemple extraordinaire de précocité poétique. Il travaillait pour vivre chez un procureur de Bristol où sa mère l'avait placé; mais sans étude préalable et par une sorte d'instinct naturel qui devint de la passion, son esprit s'était tourné vers la langue, la littérature et l'art du moyen ftge. De vieux parchemins qu'il lut avidement, et sans doute aussi le langage semi-gothique et latin de la procédure, avec lequel il