‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 81 sur 191 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

s*était familiarisé, lui donnèrent Tidée de forger de vieilles poésies dans la langue et le style du quinzième siècle. Il les attribua à un prêtre de cette époque , nommé Thomas Rovvley, prétendant qu*il les avait trouvées dans les archives de Féglise Sainte-Marie-RadclifTe de Bristol.

Le pastiche était fait avec tant d'art que le public s*y laissa prendre. Comment croire d'ailleurs que ces poésies fort remarquables» souvent marquées au coin du génie, fussent Tœuvre d'un jeune homme de seize ans? car tel était l'flge de Chatterton. Et pourtant une critique attentive pouvait y découvrir des erreurs, des anachronismes, dans le genre de ceux qui ont fait rejeter l'authenticité, en France, des prétendues poésies de Clotilde de Surville. Gray et Mason, chargés de les examiner de près, déclarèrent qu'elles étaient de composition moderne; mais Terreur n'en subsista pas moins dans l'esprit de beaucoup de gens^ et la ville de Bristol eut peine à renoncer à une découverte où elle trouvait un titre de gloire.

Cependant le jeune poète, plein de confiance dans son talent et dans l'avenir, se rendit à Londres pour y chercher fortune : il n'y trouva que déception et misère. Quelques libraires lui fournirent des travaux mal payés; il écrivit dans les journaux, tantôt pour, tantôt contre le ministère, et fut toujours mal récompensé et méconnu. Le lord-maire Bedford, son protecteur, étant venu à mourir, il tomba dans une affreuse détresse. Dévoré par le désespoir et trop fier pour tendre la main, il s'enferma, détruisit ses manuscrits et s'empoisonna : il n'avait pas encore dix^Jmt ans. Alfred de Vigny a composé un drame intéressant sur cette fin tragique et lamentable.

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