‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 83 sur 191 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

fois spirituelle et fine. Sa meilleure comédie, Comciout Lovers, est fort estimée des Anglais.

Joseph Addison (1672-1719) est sans contredit un des meilleul^ écnyains anglais de ce* siècle. C'était aussi un aimable et charmant causeur; Pope, qui ne Taimait guère, a dit de lui ; € Sa conversation a quelque chose de plus charmant que tout ce que j'ai jamais vu en aucun homme. »

Addison fit de fortes études classiques à Funiversité d'Oxford. Il s'éprit d'une heureuse passion pour l'antiquité latine, dont l'élégance le charmait; il en savait les poètes par cœur ; il les imitait en composant lui-même des vers latins, et puisait, dans 4;ette communication intime, le tact littéraire, le goût délicat qu'il devait porter dans sa langue maternelle. Les voyages achevèrent de le former : il vit la France et la splendeur du règne de Louis XIV; il connut Bpileau, qui le complimenta sur ses poèmes latins; il passa en Italie, dont la littérature, les . monuments, les musées donnèrent de l'ampleur à sa pensée, du développement à sou fond naturel, déjà riche et varié. Tout lui réussit, et il en était digne. C'était une âme élevée, douce et sensible; la bonté était le fond de son caractère; il n'aimait pas la polémique à outrance, et sa raillerie, toujours fine et courtoise, n'allait jamais, comme celle de Swift, jusqu'à la colère et l'injure. Il sut se faire ainsi de nombreux amis, de puissants protecteurs, et un succès immense fut la récompense d'une vie noble et d'un grand talent utilement employé.

Au retour de ses voyages, il composa un poème sur la BaimUe de BUnheimj qui le mit sur le chemin des honneurs et de la fortune : ce n'est guère pourtant qu'une gazette rimée, où l'on sent l'efibrt et l'artifice, comme dans le

fameux Pat$age du RAin, de Boileau; Mariborough en est le héros. Le parti whig adopta le poète et lui fit une belle position : il deyint successivement député, sous-secrétaire d'fitat, puis ministre; à la chute du parti whig, lés tories le ménagèrent, et il fut réélu au Parlement. Les deux partis applaudirent également sa tragédie de CaUm, tant sa modération et l'honnêteté de son caractère le mettaient, ainsi que son talent, au-dessus des dissensions rivales. Il entra même dans Faristocratie par son mariage avec la comtesse douairière de Warwick; mais cette union ne lui donna pas le bonheur, car sa femme ne perdait jamais l'occasion de lui faire sentir qu'elle avait dérogé en épousant un parvenu. Pourtant son influence s'en accrut, et Georges I*' le fit secrétaire d'fitat; mais comme il n'était ni éloquent ni intrigant, qu'il avait plus de savoir que de savoir-faire, il se trouva déplacé dans ce poste et le quitta, en recevant une pension de quinze cents livres ; sa vie fut dès lors entièrement consacrée aux lettres. Il connaissait les hommes par la pratique et par les livres; la société et l'habitude des affaires avaient donné à son esprit toute la netteté, la finesse et l'ampleur dont il était susceptible ; devenu maître en l'art d'écrire, il fut un modèle pour son pays. Son style est ce qu'on peut appeler un style moyen, voisin de la causerie, mais de celle qui joint l'élégance à la mesure et à l'urbanité ; un atticisme soutenu, point recherché, mais mesuré, balancé sur une période dont le rhythme régulier a le défaut d'être toujours le même et de devenir monotone; ce style est orné, mais non prétentieux; l'expression est claire, toujours de bon goût, et une aimable ironie vient parfois dérider le ton sérieux de la morale, de la politique et de l'expérience. S'il y a excès, c'est dans la

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