CHAPITRE DIXIÈME
correction, Tunifonnité, source tfun peu de froideur. Tel est Tcsprit, telle la forme qui régnent dans le Specialeur, ce journal où Addison mit tout son talent, toute son ftme, et dont le succès fut immense, tant il répondait aux besoins du public, tant Fécrivain sut s'identifier avec l'esprit anglais. Ce n'était pourtant point une publication légère : le sérieux y dominait; c'était presque une série de prédications morales, religieuses, doctrinales, entremêlées d'études critiques et littéraires, c Le grand et unique but de ces considérations, dit Técrivain, est de bannir le vice et l'ignorance du territoire de la Grande- Bretagne. » Il voulait donc instruire et moraliser , et il y réussit, en insistant sur les détails de la vie pratique, honnête et religieuse. Il donne des conseils à tout le monde sur la manière de se conduire, de se modérer, de refréner les mauvaises habitudes, les modes ridicules, et cela dans toutes les conditions de la vie; c'est un manuel de discipline, dont le but est le bon sens, le devoir, la vertu. Aucun écrivain n'a plus fait pour la moralité publique, pour le redressement d'une nation, et aucun n'a mieux réussi. L'impression resta, elle fut durable, et cette douce réforme, due au talent d'un écrivain , est un assez beau titre de gloire.
Les vers d' Addison ne valent pas sa prose : il n'avait pas l'inspiration élevée qui constitue la poésie; tout en lui dérive du calme et du bon sens : la raison le domine : Musa pedatrit.
Sa mort fut calme et digne, comme sa vie; il fit appeler à son lit de mort son beau-fils, le comte de Warwick, dont la conduite irrégulière lui faisait peine : « J'ai voulu vous montrer, lui dit-il, dans quelle paix un chrétien peut mourir. »
Samuel Johnson (1709-1784) doit être placé à côté d*Âddison, et peut-être au-dessus de lui, comme écrivain classique, élégant et pur, moral et religieux. C'est aussi un usayiti dans le sens anglais attaché à ce mot. Poète, critique, philologue, biographe, moraliste, il a un talent des plus variés, mais toujours fidèle à la forme classique : le bon sens est son génie.
Il eut à lutter longtemps contre le besoin et la misère. Sa famille était pauvre, et lui-même, malgré ses nombreux travaux, ne parvint que tard à Faisance. De plus, son tempérament était faible et maladif, ce qui contiibua sans doute à donner à son caractère cette teinte de mélancolie un peu sombre dont il s'accuse lui-même. Mais au moins, chez lui, l'être moral et religieux ne fut jamais déprimé, comme chez Swift, par une misanthropie orgueilleuse et brutale; il ne cessa jamais de soutenir les saines doctrines, dans un siècle où le scepticisme et l'incrédulité marchaient tête levée : sa foi religieuse s'afifermit et s'épura dans le malheur, preuve évidente d'un grand et noble caractère.
Après avoir été mattre d'école en province, il vint à Londres avec son ami Garrick, qui devint bientôt célèbre, plus encore connue acteur que comme auteur dramatique. Johnson se mit aux gages d'un libraire pour faire des traductions du français; il écrivit des comptes rendus du Parlement pour un journal. Sa belle satire intitulée Loh" don, à la manière de Juvénal, eut du succès, et lui attira l'amitié de Pope. Il en composa plus tard une autre, non moins remarquable : la VanUé da déshn humains ^ imitée de la dixième satire de Juvénal , où il s'éleva au-dessus de son modèle, parce que, à la place de la philosophie stoïcienne, il met en œuvre les grands sentiments chrétiens.