‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 88 sur 191 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

siasme qu'elle inspira aux contemporains. Richardson, pendant la publication de son roman , recevait de nombreuses lettres où on le suppliait de lui donner une conclusion heureuse, ou au moins de sauver T&me de son héros; il tint bon, et le punit comme il le méritait. Diderot avait une admiration enthousiaste pour ce roman et pour son auteur. J. J. Rousseau , en composant la Nouvelle HéloUe, en subissait évidemment Tinfluence.

Nous n'avons rien à dire de Grandiston, le modèle accompli de la vertu, comme Lovelace était celui du vice, si ce n*est qu*il est devenu un type ridicule et que la lecture en est fastidieuse; la perfection n'amuse guère et la prolixité assomme.

Fielding (1707-1754) forme un contraste complet avec Richardson. Si celui-ci représente la tendance puritaine, compassée , vertueuse de la société anglaise, l'autre en a les instincts grossiers, violents, batailleurs, Texpansion vigoureuse, sensuelle, la soif du plaisir et le mépris de toute convenance. C'est même par antipathie pour Riclmrdson et sa Paméla qu'il se mit à écrire des romans qui en étaient la satire et la parodie. Joseph Andrews n'a pas d'autre but; en prenant le contre-pied de l'ouvrage en vogue, il en fait ressortir le côté affecté et ridicule, la pruderie puritaine; il donne à son héros le rôle défensif que joue la jeune fille chez Richardson, et produit ainsi des effets d'un comique amusant, tournant parfois au burlesque. Il fait penser au Roman comique de Scarron et à Don Quichotte.

Cette verve joyeuse, un peu grossière, franche de gaieté et d'allure, était bien dans le tempérament de Fielding^ qui était bon vivant, généreux et dépensier. Son père, s'il faut en croire Gibbon, était de haute et noble race; il des-

cendait de la branche cadette des comtes de Denbigh, qui eux-mêmes tiraient leur origine des Habsbourg, ancêtres de Charles-Quint. Il n*en laissa pas moins à son fils une succession obérée, et celui-ci ayant épousé la belle miss Craddock, ne mit que trois ans à dévorer en plaisirs la fortune qu'elle lui avait apportée. Il se mit à écrire pour le thé&fre, et composa rapidement un certain nombre de vaudevilles, de farces, qui n*ont qu'une valeur médiocre.

Mais il trouva sa véritable veine dans le roman. Après son Jotq^h Andrewi, qui tranchait si crAment, par sa verve originale et joyeuse, sur la manière sentimentale de Richardson, il composa le Voyage de ce monde-^i dans Foutre, Aventurée de Jonathan WUd le Grand, et enfin Tarn Jones, son chef-d'œuvre, dont l'intérêt est vif et varié, mais la morale équivoque. La scène se passe, comme toujours, dans les auberges et sur la grande route ; le boire, le manger, la boxe, y jouent un grand rôle; c'est la vie animale dans toute la crudité de son développement, sans souci des convenances ni du bon goût.

Fieiding, que ses succès ne pouvaient enrichir, tant il avait l'art de dépenser, devint juge de paix à Londres; il écrivit, pour le parti tory, de nombreux articles de journaux. Le mort de sa femme lui causa une vive douleur, mais le désespoir dura peu dans cette &me impressionnable; il se consola en épousant sa servante, c C'était, disait-il, pour mêler leurs larmes et pleui'er ensemble l'ange qu'ils avaient perdu. » Du reste cette union fut heureuse; la seconde femme fut une excellente mère pour les enfants de la première, et Fieiding prit occasion de ce bonheui' conjugal pour en faire un touchant tableau dans son dernier roman, AméUa. Depuis longtemps sa santé était aflaiblie par sa vie déréglée, jointe à ses grands tra-

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