CHAPITRE DIXIÈME
temps à Leyde, puis il prit son vol pour Paris, voyageant à pied, mendiant presque et jouant de la flûte. Il fut reçu dans les salons de Paris, connut Voltaire, Diderot et Fontenelle, parcourut FAllemagne, la Flandre, et revint en Angleterre avec trois fmncs dans sa poche. Il chercha alors des ressources dans sa plume et écrivit des articles pour le Monthly Review, Il essaya, mais sans succès, de se faire recevoir chirurgien de marine, et fut rejeté forcément dans la mêlée littéraire, où il devait trouver plus de gloire que de fortune. Toujours imprévoyant, dépensier, ami du plaisir et du luxe, il ne sut que faire des dettes, vivre dans la gène et mourir dans l'indigence. Que d'écrivains anglais nous avons vus végéter péniblement dans cette vie de misère, dont la cause était Tinconduitel
Les Lettres 'chinoises, Y Essai sur tétât de la littérature en Europe sont des ouvrages bien écrits, avec pureté, élégVice; V Histoire d'Angleterre est un modèle de narration, familière et intéressante.
Goldsmith avait une âme de poète : le Traveller (voyageur) et le Deserted Village en sont la preuve. Il y mêle au genre descriptif des souvenirs, des impressions personnelles ; le style en est facile et le sentiment agréable, vraiment touchant. Ses Comédies ne manquent pas non plus de mérite.
Mais c*est par le Vicaire de Wahefield, < cette idylle en prose », que Fauteur a atteint la popularité dont il jouit à juste titre. Le sujet est peu de chose : un pasteur de campagne, son intérieur de famille, les petits incidents de la vie ordinaire, un vrai tableau hollandais. Le bonheur y règne avec la vertu ; puis vient Tadversité, noblement et chrétiennement supportée : le ministre perd sa fortune; il est mis en prison pour dettes; sa fille aînée lui est en-
levée ; tout devient angoisse et douleur autour de lui, mais il ne perd ni le courage, ni la paix de r&me ; il pardonne à ses ennemis; il continue de prêcher, de faire le bien. CTest un modèle de cette vertu douce et forte que la religion seule peut produire , et dont la famille anglaise offre de nombreux exemples. Dans les deux courants que suivait alors la littérature anglaise : l'un, immoral, violent, sarcastique, avec Sterne, Swift, Fielding, SmoUett; l'autre , positif, puritain, religieux, sentimental, avec Addison, Samuel Johnson, Defoê et Richardson, on rencontre avec plaisir parmi ces derniers la veine tendre, agréable et douce de Goldsmith ; il a contribué avec eux à l'amélioration morale de sa patrie.