II
d*écrire le déclin et la chute de cet empire surgit pour la première fois dans mon esprit. »
Il employa sept années à mûrir son plan et à recueillir les matériaux; il fut plusieurs fois tenté d'abandonner sa tâche, comme Montesquieu pour YEtprit da LoU; il recommença trois fois le premier chapitre, refit deux fois le second et le troisième. Enfin le premier volume pamt en 1776, et fut bientôt entre les mains de tout lecteur : il y a peu d'exemples d'un succès aussi prompt, aussi uniyersel , surtout pour un livre de philosophie historique.
Hume et Richardson furent les premiers à applaudir un rival qui devenait leur maître. Gibbon portait la lumière dans une période historique mal connue, peu étudiée jusque-là, celle où Rome commence à perdre sa force et sa grandeur pour tomber en poussière sous les coups répétés des Barbares. Mais la critique se mêla à l'éloge ; l'incrédulité de l'auteur y donnait ample matière, comme nous Talions voir. Gibbon donna successivement plusieurs volumes, et l'ouvi^age fut terminé en 1787^ après trente années de travail, n a mis un certain amour-propre à raconter ses impressions le jour où il termina ce grand labeur.' < Ce fut, dit-il, le 27 juin, entre onze heures et minuit, dans un pavillon de mon jardin, que j'écrivis les •dernières lignes de la dernière page. Ayant déposé ma plume , je fis quelques tours sous la promenade d'acacias <l'où la vue domine la plaine, le lac et les montagnes. L'air était tempéré, le ciel serein; le globe argenté de la lune se reflétait dans les eaux; toute la nature était silencieuse. Je ne dissimulerai pas que j'éprouvai une émotion de joie en pensant que je reprenais ma liberté, et que peut-être je venais d'établir ma gloire. Mais ce mouvement d'oi^ueil fit bientôt place à un sentiment de tristesse, à l'idée qu'il