CHAPITRE ONZIÈME
imitations, d'autres des productions originales, jouées avec plus ou moins de succès. Southern s'est distingué par plusieurs comédies et drames d'un style brillant ; les sentiments en sont nobles, et les passions bien développées. Lillo prend ses sujets dans la vie ordinaire , et sait émouToir, intéresser, par des peintures touchantes, pathéi tiques , d'un effet moral ; il a de l'énergie , de l'élévation dans les idées, et ses plans annoncent une entente habile de la scène. Foote, comédien célèbre, a représenté, dans des comédies piquantes et satiriques, des personnages de son temps qu'il vouait au ridicule; il fit scandale, mais gagna de l'argent, car il dirigeait le théâtre de Hay- Market. On l'a surnommé l'Aristophane de son époque. Garrick, le grand acteur, a composé beaucoup de petites pièces comiques, des vaudevilles, où il sait verser la gaieté, ainsi que lancer l'épigrarome. On doit applaudir à ses efforts pour moraliser le théâtre , d'où il bannit les pièces licencieuses ou les passages obcènes. Colman composa plusieurs pièces en société avec Garrick, et son fils est aussi un auteur fécond dont les pièces défrayèrent longtemps le théâtre. Murphy fut journaliste, comédien et auteur; il a imité Y Orphelin de la Chine de Voltaire; son Tapissier est une parodie politique qui eut du succès.
Richard Sheridan (1751-1816) domine tous ses concurrents par l'éclat de sa renommée, et par l'ampleur, la ariété de son talent, qui le fit arriver jusqu'au parlement nglais. Il n'est pas moins célèbre comme orateur polique que comme auteur dramatique. Ami et partisan de 0X9 il attaqua avec ardeur le ministère North, devint crétaire d'État, et se montra plus habile dans ses attaues à la tète de l'opposition que dans l'exercice du pou- Son élément était la lutte : esprit mordant, plus
ingénieux que profond , il excellait à dérouter ses adversaires, à dévoiler leurs fautes, et il fit une guerre acharnée, souvent heureuse, au célèbre Pilt.
Ces luttes ardentes lui avaient fait négliger le théâtre, source de sa gloire et de sa fortune. Il faut ajouter que trop indolent, trop ami du plaisir, il y usa sa santé; ses belles facultés s'oblitérèrent par Tabus des liqueurs fortes; il devint vieux avant l'âge , et mourut au moment où des créanciers impitoyables allaient Tarracher de son domicile.
Le père de Sheridan était directeur d'un théâtre, et luimême dut à la scène le commencement de sa brillante fortune; trois de ses pièces le mirent à la tète des auteurs dramatiques de son temps, les Rivaux, Y École de la médisance et le Critiqué. Le second de ces ouvrages est son chefd'œuvre : c'est une comédie d'intrigue prise dans les rangs de la haute société; elle offre un tableau piquant des mœurs anglaises; le dialogue pétille d'esprit, la plaisanterie en est fine et bien aiguisée. Ce n'est pas qu'on n'y puisse trouver des réminiscences, et entre autres, des scènes qui rappellent le Tariufe de Molière. Hais il reste à l'auteur assez d'invention et d'originalité pour ne point lui contester son succès. Par la gaieté , l'expression , le feu de l'esprit, il se rapproche de Regnard, et il a plus d'émotion que lui.