‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 97 sur 191 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

publiques, on parlait pour les affaires elles-mêmes, et non pour faire retentir au dehors une éloquence destinée à devenir un piédestal.

La révolution anglaise fit surgir quelques orateurs, dont Gromwell est certainement le plus remarquable. Il s'enveloppait, il est vrai, d'une forme théologique et obscure qui convenait à son astucieuse politique ; mais au besoin il savait y mettre l'énergie de l'éloquence.

Sous la reine Anne , Bolingbroke déploya des qualités brillantes comme homme d'État et comme orateur ; il avait l'organe puissant, l'expression facile, la mémoire prompte et sûre; mais on n'a rien conservé de ses discours, et il ne reste de lui que des écrits, dont plusieurs sont^entachés de cette incrédulité systématique que son élève et confident Voltaire devait surpasser. A défaut de discours, les pamphlets politiques de Bolingbroke contre le ministère Walpôle, qui avait succédé au sien , peuvent donner Une idée de ce qu'il pouvait être comme orateur.

Ce même Walpole , qui fut vingt ans ministre , et qui gouverna par la corruption , était aussi un habile orateur, à la fois souple et adroit, ferme et parfois audacieux; mais près de lui s'élevait un jeune homme qui allait prendre au parlement une place importante autant par le talent que par l'autorité de la vertu; il devait précipiter sa chute : c'était William Pitt.

William Pitt (1708-1778), depuis lord Chalam, fit de fortes études au collège d'Éton , puis à l'université d'Oxford. Comme s'il eût eu le pressentiment de ses grandes destinées, il se livra avec ardeur à Tétude des anciens, et surtout des orateurs. Après un voyage en France et en Italie, il fut nommé, à vingt-sept ans^ membre de la Chambre des communes, et se trouva en présence de ce

ministère Walpolc, dont le long triomphe par des voies peu honorables devait enflammer son indignation et aiguiser les armes de sa noble éloquence. Ses premiers discours révélèrent un maître dans cet art de la parole , qui allait devenir une puissance. A propos d'un bill que proposa le ministre pour forcer tous les matelots des navires marchands à servir dans la marine militaire, Pitt attaqua vivement cet abus de pouvoir. Walpole répondit au jeune orateur avec un dédain mêlé de sarcasme, l'accusant d'apporter au parlement c des gestes et des émotions de théâtre , des déclamations véhémentes et de belles périodes, qui pouvaient agir sur des jeunes gens sans expérience, mais non sur des hommes instruits et graves ». Pitt , blessé de cet attaque, riposta par une ironie non moins mordante, et qui avait le bonheur de frapper plus juste.

« Quant au reproche d'être jeune, que l'honorable gentilhomme m'a fait avec tant de chaleur et de bon goût, je n'essayerai pas de l'affaiblir ou de le nier; je me borne à souhaiter d'être au nombre de ceux dont les folies cessent avec la jeunesse , et non de ceux qui sont ignorants malgré l'expérience. Je ne me charge pas de décider si la jeunesse peut être objecfée à quelqu'un comme un tort; mais la vieillesse, j'en suis sûr, peut devenir justement méprisable si elle n'a apporté avec elle aucune amélioration dans les mœurs , et si le vice paraît encore où les passions ont disparu. Le malheureux qui, après avoir vu les suites de ses fautes nombreuses continue de s'aveugler, et joint seulement Tobstination à la sottise, est certainement l'objet de la haine et du mépris, et ne mérite pas que ses cheveux blancs le mettent à couvert de l'insulte. Plus haïssable est encore celui qui, à mesure qu'il s'est avancé dans la vie, s*est éloigné de la vertu, qui devient plus méchant

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