‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 98 sur 191 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

avec moins de tentations, qui se prostitue lui-même pour des trésors dont il ne peut jouir, et use les restes de sa Tie à la ruine de son pays. »

Walpole ne tarda pas à succomber sous ces attaques répétées, auxquelles se joignait le mépris public. Pitt était trop jeune encore pour recueillir sa succession. Il devint vice-trésorier, membre du conseil privé , payeur général des troupes; enfin, il entra au ministère en 1756, à la chute du duc de Nev^castle. Il n*y resta pas longtemps, car il fit de l'opposition au roi George II , lorsque , dans Tintérét de ses États du Hanovre , ce prince voulut entrer dans une guerre germanique sans profit pour TAngleterre. Mais la force de l'opinion publique le ramena bientôt aux affaires, et il les dirigea pendant cinq ans avec un succès qui est l'apogée de sa carrière politique. II rendit l'Angleterre florissante et victorieuse , ses finances prospères, sa marine sans rivale sur les mers. Ennemi déclaré de la France, Pitt l'abaissa autant qu'il put^ et lui enleva ses plus belles colonies, le Canada et la Louisiane.

A la mort de George H, Pitt voulut combattre le Pacte de famille et déclarer la guerre à l'Espagne , mais ses collègues s'y opposèrent, et il donna sa démission. Il n'en resta pas moins populaire , d'autant plus que ses prévisions furent réalisées l'année suivante , et que l'Espagne prit elle-même l'initiative de la guerre qu'il avait prévue. U resta dans l'opposition , refusa les avances que lui fit la cour pour le ramener aux affaires, et reparut à la tribune avec un éclat nouveau, plus brillant que jamais, quand la politique imprudente du ministère refusa aux colonies américaines ces droits dont le déni devait amener la guerre de llndépendance. Sa popularité l'imposa de nouveau à la cour. Devenu pair et vicomte de Chatam, il fut chargé

d*un nouveau ministère y où il ne prit que le poste de garde des sceaux. Mais sa santé devenait de plus en plus mau* vaise j et il quitta définitivement les affaires; il ne reparut à la chambre que dans le solennel débat sur l'indépendance de TAmérique.

Pitt avait protesté contre les impôts qui avaient soulevé les Américains; il les trouvait injustes et impolitiques. La guerre s'ensuivit, et l'Angleterre vaincue fut réduite à baisser pavillon ; il s*agissait de reconnaître l'indépendance américaine. Pitt, qui avait prévu ce résultat, et avait tout fait pour le conjurer, se trouva saisi d'une patriotique indignation devant l'humiliation de sa patrie. Voici avec quel noble langage il prêchait la conciliation , alors qu'il était temps encore d'arrêter le mal :

« Au lieu de ces mesures âpres et barbares que vous avez prises , passez une amnistie sur toutes ces erreurs de jeunesse de vos frères d'Amérique; recevez-les dans vos bras, et j'ose affirmer que vous trouverez en eux des enfants dignes de vous. Et si leur révolte devait se prolonger au delà du terme d'amnistie que , je l'espère , cette Chambre va fixer, je serais des premiers à proposer quelques mesures qui leur fassent sentir le tort d'irriter une mère indulgente et généreuse, une mère, Mylords, dont le bonheur a toujours été ma plus douce consolation. Ceci peut sembler inutile à dire; mais je dois déclarer que le temps n'est pas loin où l'Angleterre aura besoin de l'assistance de ses amis les plus éloignés. Puisse la main de la Providence , qui dispose de tout, ne pas lui rendre nécessaire mon faible secours ; et puisse-t-elle exaucer les prières que je formerai toujours pour son bonheur!... Que la Iongueur des jours soit accordée à mon pays ! qu'il ait dans sa main droite de longs jours, et dans sa gauche des richesses

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