‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 99 sur 191 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

et des honneurs, et qu'il marche toujours dans le sentier de la justice et de la paix! »

Le ministère de lord Norlh n'avait pas voulu céder à ces grandes et patriotiques objurgations. Pitt redoubla, avec les événements qui se précipitaient , ses éloquentes protestations , dans un langage qui n'a rien à envier à Démosthènes.

€ Vous ne pouvez pas conquérir l'Amérique .. Vous pouvez accumuler les dépenses et les efforts, entasser tous les secours qui s'achètent ou s'empruntent, trafiquer, brocanter avec chacun de ces misérables petits princes d'Allemagne qui vendent et expédient leurs sujets pour les boucheries d'un prince étranger; vos efforts seront toujours vains et impuissants : doublement impuissants par le secours mercenaire que vous choisissez pour appui; car il irrite jusqu'à un incurable ressentiment les âmes de vos ennemis. Quoi! lancer sur eux ces fils mercenaires du pillage et du meurtre, les dévouer eux et leurs possessions à la rapacité de cette fureur soldée ! Si j'étais Américain , comme je suis Anglais , tant qu'un soldat étranger aurait le pied sur mon pays, je ne poserais pas les armes! Jamais ! jamais 1 jamais! »

Et quand les faits ont donné raison à sa clairvoyante politique, quand le ministre vient proposer à la Chambre de reconnaître l'affranchissement de l'Amérique, lord Chatam, qui avait soixante-dix ans, dont la santé était détruite, et qui pouvait à peine se soutenir, paraît à la tribune appuyé sur ses deux fils, et repousse de toutes ses forces l'humiliation de sa patrie : jamais Assemblée ne vit un plus émouvant spectacle, et n'entendit de plus nobles paroles de la bouche d'un grand orateur expirant.

c Mylords, je me réjouis de ce que la tombe n'est pas

encore fermée sur moi, de ce que je suis encore vivant pour élever ma voix contre le démembrement de celte ancienne et très-noble monarchie. Courbé comme je le suis par la main de la douleur, je suis peu capable d'assister mon pays dans cette périlleuse conjoncture ; mais, Mylords^ tant que je garde le sentiment et la mémoire, je ne consentirai jamais à priver la royale postérité de la maison de Brunswick et les descendants de la princesse

Sophie de leur plus bel héritage Ternirons-nous la

gloire de cette nation par un lâche abandon de ses droits et de ses plus précieux domaines? Ce grand royaume, qui a survécu tout entier aux déprédations des Danois, aux irruptions des Écossais, à la conquête normande, et qui arrêta l'invasion de l'Armada d'Espagne, tombera-t-il devant la maison de Bourbon? Sûrement, Mylords, cette nation n'est plus ce qu'elle était : un peuple qui était, il y a dix-sept ans, la terreur du monde, descendre si bas que de dire à son ancien et implacable ennemi : c Prenez tout < ce que nous avons, seulement donnez-nous la paix », cela est impossible!... Je ne suis pas, je l'avoue, exactement informé des ressources de ce royaume ; mais sans les connaître, je suis convaincu qu'il en a de suffisantes pour défendre ses justes droits. Et puis, Mylords, toute situation est encore au-dessus du désespoir; faisons du moins un effort, et s'il faut tomber, tombons comme des hommes! »

A ces mots, le duc de Richmond répond < que s'il est une autre voie pour tirer l'Angleterre du péril où elle se trouve, il faut l'indiquer ; que s'il est un homme qui puisse le faire, c'est sans doute lord Ghatam ». Le noble lord se lève pour répondre, mais accablé par la douleur, et à bout de forces, il tombe évanoui; on l'emporte, et après quelques

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