CHAPITRE ONZIÈME
idylles et ses chansons ont de la grâce; on en cite qui sont
des modèles de rersification. Il avait commencé un poème
descriptif sur les Champs, à Fimitation de Thomson ; il ne
put en terminer que la première partie, le Printemps,
accueilli avec faveur par le public.
« A mesure que nous avançons, dans ces études, vers la (in
du dix-huitième siècle, nous y trouvons à chaque instant le grand nom de Gœthe, qui va bientôt dominer presque seul, en rivalité avec Schiller. Mais, pendant quelque temps encore, l'influence des grands écrivains qui précèdent, Klopstock, Wieland et Lessing, se prolonge et inspire un certain nombre d'auteurs ; il importe de suivre cette généalogie de Fintelligence, jusqu'au moment où le génie créera des œuvres nouvelles, d'une invention plus haute et d'une plus puissante originalité.
Nous avons déjà parlé des premiers disciples de Klopstock, qui subirent son influence immédiate, et n'en furent qu'un écho afiaibli. Nous nous trouvons maintenant en présence d'un autre groupe d'écrivains, dont la société prit naissance à l'université de Gœttingue, et qui vouèrent à l'auteur de la Messiade une admiration mieux sentie, plus intelligente ; ils prirent le titre de Hainhund (Union du bois sacré), et sont connus sous le nom A' Union poétique de Gœtiingen. Les jeunes étudiants qui fondèrent cette société étaient tous pénétrés d'un enthousiasme patriotique, et d'une vive admiration pour les poésies de Klopstock. Ce fut en 1772, dans une promenade aux environs de Gœttingen, au milieu d'un bois de chênes, que fut inaugurée la société par un serment mutuel. A partir de ce moment, ils se réunirent chaque semaine pour lire leurs essais et entretenir le feu sacré. Un fauteuil vide marquait
la place de KIopstock, président d'honneur de la réunion ; chaque année on célébrait sa naissance par un banquet fraternel et poétique. Les sarcasmes qui furent lancés contre la société naissante ne firent qu'enflammer davantage l'enthousiasme de ses membres. Nous avons vu, à l'aurore du romantisme français, quelque chose de semblable dans le CénacU, de 1820 à 1830. Tous les affiliés du Hainhund ne sont pas également célèbres, mais à côté des noms un peu effacés de Boie, de Hahn, d'Ewald, de Miller, nous trouvons les noms plus illustres de Hœlty, de Gœçking, de Burger, de Woss et des frères Stolberg.
Un journal littéraire, YAlmanach des Muses, devint le confident et l'organe de la nouvelle société : il fut fondé par Boie et Gotter. Boie a laissé quelques poésies et des traductions de l'anglais ; il devint magistrat, et la littérature ne fut pour lui qu'une passion d'amateur. Gotter entra dans la diplomatie ; il se lia avec Gœthe , et s'occupa activement du théâtre. La direction de YAlmanach des Muses passa entre les mains de Gœcking, auteur de poésies diverses, puis à celles de Burger; ce recueil disparut en 1805.
Hœlty (1748-1776) était porté naturellement vers les idées mélancoliques et tristes; il songeait déjà à sa fin prochaine quand il écrivit ses Pressentiments d'une mort prématurée; il mourut en effet bientôt, à l'âge de vingthuit ans, laissant de riantes peintures de la vie champêtre, la touchante Élégie au tombeau de mon père, et diverses pièces, d'une sensibilité religieuse et triste; son style pur, élégant et facile, l'a rangé parmi les classiques.
Mais le poëte le plus brillant et le plus original du Hainhund est incontestablement Gottfried-Auguste Burger (1748-1794), fils d'un pasteur des environs d'Halberstadt.