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CHAPITRE ONZIÈME

Sa vie est une série de luttes, de fautes et de malheurs qui empoisonnèrent ses jours, et le conduisirent au tombeau à quarante-six ans. Écolier indiscipliné, ennemi de Té tude» mauvais étudiant en théologie à l'université de Halle, il alla étudier le droit à Gœttingen, mais il y étudia surtout la littérature anglaise, se prit de passion pour les ballades, et fut bientôt un des membres les plus actifs du Hainbund. Il obtint une place de bailli près de Gœttingen, mais sa conduite inconsidérée, trois mariages malheureux qu*il fit successivement, une passion désordonnée pour sa bellesœur, Molly, furent autant de causes qui brisèrent sa carnère ; il tomba dans la gène, sa santé s*altéra, et malgré Téclat de sa poésie, il traîna jusqu'à sa mort une malheureuse existence.

Mais grâce à un talent élevé, original, riche d'imagination, de sensibilité, de délicatesse, Burger a laissé un nom qui ne périra pas. Ce talent était tout lyrique : Odet, chan^ sons, rimances, ballades, sonnets, sous toutes ces formes, il réveille la poésie populaire, nationale, et tout en lui conservant sa simplicité native, il lui donne ce qui lui manquait, Tart, la noblesse, la force, et surtout la passion. S'il manque parfois de goût, nul mieux que lui n'a développé les ressources pittoresques de la langue allemande et de l'harmonie imitative. Schiller lui-même ne l'a pas dépassé dans la ballade, où il a porté une certaine froideur métaphysique, tandis que chez Burger elle est toute en action, elle entraine le lecteur dans son tourbillon fantastique. U a puisé ses modèles dans les vieilles ballades de l'Ecosse et de l'Angleterre, et il en a tiré un parti merveilleux, grâce à l'alliance heureuse de la simplicité antique, appropriée aux idées modernes et aux légendes mystérieuses du moyen âge. Tout le monde connaît sa fameuse ballade de

Lénare, qui a fait le tour de l'Europe, et désespéré les traducteurs. Gomment transporter dans une autre langue ce cliquetis de mots et de sons, cette harmonie bizarre qui rend si bien le galop du cheval, la course effrénée, fantastique, vers le but fatal, le cimetière, et cette répétition de vers, savamment calculée pour produire un effet terrible ? Au risque de n'en donner qu'une faible idée, il faut citer cette pièce, chef-d'œuvre du genre.

(K Lénore se lève au point du jour; elle échappe à ses tristes rêves. — Wilhelm, mon époux, es-tu mort? es-tu parjure? Tarderas-tu longtemps encore! — Le soir même de ses noces, il était parti pour la bataille de Prague, à la suite du roi Frédéric, et n'avait depuis donné aucune nouvelle de sa santé.

« Mais le roi et l'impératrice, las de leurs querelles sanglantes, s'apaisant peu à peu, conclurent enfin la paix; et cling ! et clang ! au son des fanfares et des timbales, se couronnant de joyeux feuillages, chaque armée retourna dans ses foyers.

«c Et partout, et sans cesse, sur les chemins, sur les ponts, jeunes et vieux fourmillaient à leur rencontre. — Dieu soit loué ! s'écriaient maint enfant, mainte épouse. Sois le bienvenu! s'écriait mainte fiancée. Mais, hélas! Lénore seule attendait en vain le baiser du retour.

« Elle parcourt les rangs dans tous les sens ; partout elle interroge. De tous ceux qui sont revenus, aucun ne peut lui donner des nouvelles de son époux bien-aimé. Les voilà déjà loin; alors arrachant ses cheveux, elle se jette à terre et s'y roule dans le délire.

« Sa mère accourt : — Ah ! Dieu t'assiste ! Qu'est-ce donc, ma pauvre enfant ? Et elle la serre dans ses bras. — 0 ma mère, ma mère, il est mort ! mort ! Périsse le monde

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