CHAPITRE ONZIÈME
et tout ! Dieu n'a point de pitié ! Malheur! malheur à moi !
c ~ Dieu nous aide et nous Tasse grâce ! Ma fille, implore notre Père ; ce qu'il Tait est bien fait, et jamais il ne nous refuse son secours. — 0 ma mère, ma mère, vous vous trompez... Dieu m'a abandonnée ; à quoi m'ont servi mes prières î à quoi me serviront-elles î
< — Mon Dieu ! ayez pitié de nous! Celui qui connaît le Père sait bien qu'il n'abandonne pas ses enfants. Le très- Saint-Sacrement calmera toutes tes peines. — 0 ma mère, ma mère!... aucun sacrement ne peut rendre la vie aux morts!...
« — Mon Dieu ! ayez pitié de nous ; n'entrez point en jugement avec ma pauvre enfant ; elle ne sait pas la valeur de ses paroles ; ne les lui comptez pas pour des péchés ! Ma fille, oublie les chagrins de la terre ; pense à Dieu et au bonheur céleste, car il te reste un époux dans le ciel !
« — 0 ma mère, qu'est-ce que le bonheur? Ma mère, qu'est-ce que l'enfer? Le bonheur est avec Wilhelm, et l'enfer sans lui ! Éteins-toi, flambeau de ma vie, éteins-toi dans l'horreur des ténèbres ! Dieu n'a point de pitié ! . . Oh ! malheureuse que je suis !
^ Ainsi le fougueux désespoir déchirait son cœur et son âme, et lui faisait insulter à la providence de Dieu. Elle se meurtrit le sein ; elle se tordit les bras jusqu'au coucher du soleil, jusqu'à l'heure où les étoiles dorées glissent sur la voûte des deux.
< Mais au dehors, quel bruit se fait entendre ? Trap ! trap ! trap !.. C'est comme le pas d'un cheval; et puis il semble qu'un cavalier en descende avec un cliquetis d'armures. Il monte les degrés. Écoutez ! écoutez!... La sonnette a tinté doucement... klinglingling ! et, à travers la porte, une douce voix parle ainsi :
« — Holà ! holà ! ouvre-moi, mon enfant ! Veilles-tu, ou dors-tu î Es-tu dans la joie ou dans les pleurs ? — Ah ! Wilhelm! c'est donc toi! si tard dans la nuit!.. Je veillais et je pleurais !.. hélas ! j'ai cruellement souffert!.. D'où viens-tu sur ton cheval ?
« — Nous ne montons à cheval qu'à minuit ; et j'arrive du fond de la Bohême ; c'est pourquoi je suis venu tard pour l'emmener avec moi. — Ah ! Wilhelm, entre ici d'abord, car j'entends le vent siffler dans la forêt...
« — Laisse le vent siffler dans la forêt, enfant; qu'importe que le vent siffle ? Le cheval gratte la terre ; les éperons résonnent ; je ne puis pas rester ici. Viens, Lénore, chausse-toi; saute en croupe sur mon cheval, car nous avons cent lieues à faire pour atteindre notre demeure.
« — Hélas ! comment veux-tu que nous fassions aujourd'hui cent lieues, pour atteindre notre demeure ? Écoute, la cloche de minuit vibre encore. — Tiens ! tiens ! comme la lune brille!.. Nous et les morts, nous allons vite; je gage que je t'y conduirai aujourd'hui même.
« — Dis-moi donc où est ta demeure î Y a-t-il place pour moi ? — Pour nous deux ; viens, Lénore, saute en croupe ; le banquet de noce est préparé, et les conviés nous attendent.
La jeune fille se chausse, s'élance, saute en croupe sur le cheval, et puis, en avant ! Hop ! hop ! hop ! Ainsi retentit le galop... Cheval et cavalier respiraient à peine, et sous leurs pas les cailloux étincelaient.
« Oh ! comme à droite, à gauche, s'envolaient, à leur passage, les prés, les bois et les campagnes ! Gomme sous eux les ponts retentissaient! — A-t-elle peur, ma mie? La lune brille... Hurrah ! les morts vont vite. A-t-elIe peur des morts ? — Non... mais laisse en paix les morts !
« Qu'est-ce donc là-bas que ce bruit et ces chants? Où