CHAPITRE ONZIÈME
volent ces nuées de corbeaux? Écoute... G*est le bruit
d'une cloche ; ce sont les cbants des funérailles. — Nous avons un mort à ensevelir. — El le convoi s'approche, accompagné de chants qui semblent les rauques accents des hôtes des marécages.
«—Après minuit, vous ensevelirez ce corps avec tout votre concert de plaintes et de chants sinistres: moi je conduis mon épousée, et je vous invite au banquet de mes noces. Viens, chantre, avance avec le chœur, et nous entonne l'hymne du mariage. Viens, prêtre, tu nous béniras.
« Plaintes et chants, tout a cessé,... la bière a disparu... Sensible à son invitation, voilà le convoi qui les suit..*. Hurrah ! hurrah ! Il serre le cheval de près, et puis en avant ! Hop ! hop ! hop ! ainsi retentit le galop... Cheval et cavalier respiraient à peine, et sous leurs pas les cailloux étincelaient.
« Oh ! comme adroite, à gauche, s'envolaient à leur pas- ^ge les prés, les bois et les campagnes ! Et comme à gauche, à droite, s'envolaient les villages, les bourgs et les villes ! — A-t-elle peur, ma mie ? La lune brille... Hurrah ! les morts vont vite... A-t-elle peur des morts ? — Ah ! laisse donc les morts en paix !
« — Tiens ! tiens ! vois-tu s'agiter, auprès de ces potences, des fantômes aériens, que la lune argenté et rend visibles î Ils dansent autour de la roue. — Çà, coquins, approchez ; qu'on me suive, et qu'on danse le bal des noces... Nous allons au banquet joyeux.
« Husch ! husch I husch ! Toute la bande s'élance après eux, avec le bruit du vent, parmi les feuilles desséchées ; «t puis, en avant ! Hop ! hop ! hop ! ainsi retentit le galop. €heval et cavalier respiraient à peine, et sous leurs pas les cailloux étincelaient.
« Oh ! comme s*envolait, comme s*enYolait au loin tout ce que la luhe éclairait autour d'eux I... Gomme le ciel et les étoiles fuyaient au-dessus de leurs têtes ! — A-t-elle peur, ma mie? La lune briUe... Hurrah ! les morts vont vite... — 0 mon Dieu ! laisse en paix les morts.
« — Courage, mon cheval noir. Je crois que le coq chante; le sablier bientôt sera tout écoulé... Je sens Tair du matin... Mon cheval, hâte-toi... Finie, finie est notre course! J'aperçois notre demeure... Les morts vont vite... Nous voici !
« Il s'élance à bride abattue contre une grille en fer, la frappe légèrement d'un coup de cravache... Les verroux se brisent, les deux battants s'ouvrent en gémissant. L'élan du cheval l'emporte parmi les tombes qui , à l'éclat de la lune, apparaissent de tous côtés.
« Ah! voyez... au même instant s'opère un effrayant prodige... Hou! hou! Le manteau du cavalier tombe pièce à pièce, comme de l'amadou brûlé; sa tête n'est plus qu'une tête de mort décharnée, et son corps devient un squelette qui tient une faux et un sablier.
« Le cheval noir se cabre furieux, vomit des étincelles, et soudain... hui!... s'abîme et disparaît dans les profondeurs de la terre. Des hurlements, des hurlements descendent des espaces de l'air; des gémissements s'élèvent des tombes souterraines... Et le cœur de Lénore palpitait de la vie à la mort.
< Et les esprits, à la clarté de la lune, se formèrent en rond autour d'elle, et dansèrent, chantant ainsi : — Patience! patience! quand la peine brise ton cœur, ne blasphème jamais le Dieu du ciel ! Voici ton corps délivré !... Que Dieu fasse grâce à ton âme! »
Une autre ballade , le Féroce chasteur, est empreinte de