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CHAPITRE ONZIÈME

ihée. L'emploi de Thexamètre , appliqué pour la première fois à ridylle, fut une innovation heureuse, et contribua au succès de cette œuvre.

Voss a traduit VJliade et VOdyssée avec un rare talent d*exactitude ; la souplesse de la langue allemande , qui se prête si facilement à Tinversion et à la combinaison des mots, lui a permis de faire, en quelque sorte, le calque, le fac-similé d'Homère. Il a été moins heureux dans ses autres traductions de Virgile, d'Ovide, d'Horace , de Théocrite, d'Aristophane, etc., de même que dans celle de Sfaakspeare , qu'il a totalement défiguré. , Les deux frères de Stolberg, Christian et Frédéric, furent tous les deux enthousiastes de la poésie nationale et de l'antiquité; possesseurs d'un grand nom et d'une grande fortune, leur amour des lettres les lia intimemept avec les membres de Y Union de Gcettingen; ils passèrent trois ans dans cette ville, et c'est par eux que Klopstock entra en relations avec les jeunes adeptes du Hainbund. Plus tard, ils se lièrent avec Goethe, qui collabora quelques temps avec eux à YAlmanach des Muses; mais ces deux natures ardentes, un peu légères, éprises de la fièvre révolutionnaire qui parcourait alors l'Europe, ne pouvaient s'accorder longtemps avec le caractère calme et réfléchi de Gœthe; dans un voyage en Suisse qu'ils avaient commencé de faire ensemble, ils se séparèrent avant la fin.

Le temps et la réflexion ne tardèrent pas à mûrir ces deux jeunes hommes. Frédéric, celui dont le nom est surtout marqué dans l'histoire des lettres, suivit avec honneur la carrière diplomatique, et devint ambassadeur de Danemark à Berlin. Retiré ensuite en Westphalie, il se convertit h la religion catholique , ce qui indisposa contre lui

plusieurs de ses anciens amis, parliculièrement Yoss, qui lui devait sa place de recteur à Técole d'Eutin , et qui attaqua avec violence son ancien protecteur , dans un pamphlet intitulé : Comment Frédéric de Stolberg est devenu un ennemi de la liberté. Yoss ne comprenait pas que le rationalisme protestant est généralement plus intolérant, plus favorable au despotisme que le catholicisme, qui se concilie fort bien avec tous les régimes politiques, et ne demande pour lui-même que la liberté qu'il laisse aux autres. Stolberg répondit à Voss par le Livre de C Amour, qui est la réponse digne et calme d*un vrai chrétien, oublieux des injures. Voss n'eut pas honte de revenir à la charge, et avec d'autant moins d'à- propos et de générosité que Stolberg était mort, et lui avait pardonné!

Les poésies de Frédéric de Stolberg sont de l'école de Klopstock par l'expression des sentiments chrétiens et patriotiques ; mais il a aussi sacrifié au goût du moment pour la ballade fantastique, où l'entraîna l'exemple de Burger. Il y joignait l'amour de l'antiquité. Il fit des lamhes à la manière d'Archiloque, des tragédies avec chœurs, comme Sophocle; une traduction de Y Iliade en vers hexamètres, qui est loin de valoir celle de Voss. En prose, on remarque ses Voyages, qui ont de l'intérêt, car les descriptions et les souvenirs personnels y sont relevés par des vues supérieures où l'on sent le poète philosophe. Après sa conversion, il écrivit la Vie d^ Alfred le Grand, et YHisloire de la Religion chrétienne, en quinze volumes, monument remarquable produit par une foi vive et sincère.

Avec les poëtes qui suivent, nous nous écartons un peu de l'école de Gœttingen ; pourtant ils s'y rattachent par leur manière, et leurs relations avec les membres du

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