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CHAPITRE ONZIÈME

Hainbund. Overbeck, par ses lieder, s'est acquis une certaine renommée.

Hathias Glaudîus (1740-1815) lui est supérieur par la verve, la franche gaieté de ses chants. Sa revue, le JfeiM- ^er de Wandibeci, eut un grand succès et de nombreux lecteurs, parce qu'il savait mettre à leur portée toutes les questions courantes de littérature et de science. Ses lieder sont devenus populaires; ils sont un reflet de la vie allemande; ils charment par la fraîcheur du sentiment et la douce gaieté qui les anime. Son chant sur le Vin du Rhin retentit encore dans toutes les joyeuses réunions.

Schubart (1739-1791), malgré sa vie aventureuse, désordonnée, traversée par la misère, l'exil et la prison, se rattache pourtant à l'école de RIopstock par la nature de son talent et le ton lyrique de ses poésies. Entraîné par des passions violentes, il ne sut se plier à aucun devoir; il allait d'une cour à l'autre, exploitant son talent musical, se faisant applaudir quand il lisait en public la Messiade, mais bientôt abandonné et méprisé de ses protecteui*s à cause des scandales de sa vie. Est-ce une faute ou une vengeance qui le fit incarcérer pendant dix ans dans une forteresse? On ne sait. D en sortit et reprit quelque faveur; il put recommencer le journal qu'il avait autrefois publié, et se fit l'apologiste de la révolution française à ses débuts; il n'en vit pas les suites, car il mourut en 1791 : singulier mélange d'une imagination artistique et d'un caractère dégradé. Sa vie a été écrite de nos jours par Strauss.

La chanson populaire allemande, connue sous le nom de lieder, n'a pas d'analogue dans notre langue. On connaît bien la chanson française , sa légèreté , sa grâce , son tour piquant et vif, visant toujours à l'esprit, et allant

rarement au cœur. Il y a loin de là au Ueder allemand , qui est Tinspiration lyrique rendue par le chant populaire, et associée à la musique. Le goût musical est universel en Allemagne; Tinstinct mélodique est inné dans la nation, et quand il s'adapte à des paroles simples, poétiques, le lieder est créé, il fait son chemin tout seul. Écoutons ce que dit un critique de cet instinct du chant en Allemagne.

a Ces créations, pour ainsi dire impersonnelles, semblent écloses toutes seules ; c'est le cœur qui chante , c'est la poitrine émue qui se soulève et respire ; les sujets sont de ceux qui touchent les entrailles de l'humanité : c'est la mère, le fils, le travail du pécheur, celui du mineur, la joie des fiançailles, l'aïeule mourante, l'enfant naissant, la chasse bruyante, le voyage, le départ, le retour; c'est le matin et le soir; c'est la nuit et sa terreur, ce sont les caprices des rêves et du monde invisible; ce sont les forêts, les montagnes; c'est le festin et la moisson. Vous entendez le professeur vénérable répéter à soixante ans la chansonnette attendrie ou le vieux chant bachique qui le charmait étudiant. D faut avoir vécu en Allemagne pour comprendre, par la popularité du chant, celle de la poésie, l'intime alliance de l'un avec l'autre, et la folie de ceux qui regardent la poésie comme un art né dans les salons, fait pour les boudoirs. Le long des haies de lilas, sous les tilleuls des collines, ainsi que dans les caves de Nuremberg et de Kœnigsberg, l'artisan-pèlerin, la jeune fille et le grave 'docteur redisent les mêmes chansons; on ne parle de ce sujet que sérieusement parce qu'on le.croit sérieux... Quelle richesse pour un peuple , et quelle ressource énergique que cette voix unique et commune, qui émane des profondeurs, et appartient à la masse d'une nation!

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