CHAPITRE PREMIER
c ne crains point la mort. Il est temps de finir; les messa- « gers d'Odin m'appellent. Tirai tout joyeux boire la bière
< avec les Ases sur un siège élevé. Les heures de la vie sont
< écoulées. Je meurs en riant ! •
A côté des [chants guerriers et cosmogoniques » VEdda renferme une partie philosophique et morale qui fait honneur au sens droit des scaldes. Ainsi le Hava-Mal contient des conseils, des maximes données par Odin, sous une forme sentencieuse analogue à celle des préceptes de Salomon dans la Sagesse; en voici quelques exemples:
<( Soyez sage avec modération^ prudent sans timidité. Ne <K cherchez point à conuattre votre destinée si vous voulez a dormir tranquille. »
(T n n'y a point de maladie plus cruelle que d'être mécon- « tent de son sort. »
c Celui-là est sage qui sait interroger et répondre , qui « sait ce qu'il faut dire et ce qu'il faut taire. »
« Les richesses passent , les troupeaux périssent , les amis a meurent, nous mourons nous-mêmes : une seule chose oc ne meurt point, c'est le souvenir d'une vie honorable. »
«Louez la beauté du jour quand il est passé, la jeune <K fille quand elle est mariée, la femme mariée quand elle ce est morte, l'épée quand vous l'avez éprouvée, la glace G quand vous l'avez traversée , et la bière quand vous l'avez « bue. »
La pensée suivante , sur l'amitié , est empreinte d'une profondeur touchante :
« En voyageant une fois dans ma jeunesse , je me perdis
n LITTÉRATURE ALLEMANDE.
« dans un chemin désert, mais j'y trouvai un homme, et < dès Ibrs je fus riche, car l'homme est la joie de l'hoitime. « L'arbre arraché de la forêt se dessèche et perd ses feuil- « les; ainsi en est-il de celui qui n'a pas d'ami. Quand l'aigle « plane au-dessus des flots, il s'agite et se trouble, les yeux « fixés sur la mer sans rivages; ainsi en est-il de l'homme « qui, dans la foule, ne trouve pas un ami. »
On voit que la poésie Scandinave , comme toutes les poésies primitives , avait un caractère énergique , grandiose ; elle y joignait un but moral et civilisateur. Appuyée sur le chant €t la harpe du scalde , elle exaltait l'héroïsme , entretenait la valeur du guerrier, moralisait la vie et adoucissait la mort. Aussi les scaldes étaient-ils honorés : ils marchaient de pair avec les iarU ou compagnons du roi ; ils portaient l'épée à côté de la harpe , et après avoir enflammé les guerriers par leurs chants héroïques, ils faisaient en héros leur devoir dans la mêlée. Leur influence fut grande et durable; nous les voyons en honneur à la cour de Harald aux beaux cheveux, roi de Norvège au neuvième siècle. Ilsreprésen- ' étaient les traditions historiques aussi bien que les superstitions nationales, et les missionnaires chrétiens, en Scan- (dinavie, les trouvèrent rebelles à la prédication évangélique. Le roi de Suède Olaf le Saint, qui aimait leurs poésies pleinés de glorieux souvenirs, les attirait à sa cour; dans la bataille où il mourut, il avait trois scaldes à ses cêtés ; deux succombèrent ; le troisième , blessé , composa un chant en l'honneur du roi , puis arrachant le fer de sa blessure , il ^mourut en chantant la gloire du prince.
Les poésies Scandinaves et celles de la Germanie ont une certaine communauté d'origine , de langue et de caractère : ^eh est naturel; les peuples du Nord se tiennent de près;