CHAPITRE PREMIER
souvent ils se mêlent et se confondent. Odin avait établi deux de ses fils dans la Saxe, où il leur avait taillé des royaumes; son culte et son souvenir s'y perpétuèrent durant des siècles, et les mêmes dieux, les mêmes héros se retrouvent souvent dans les traditions poétiques des deux peuples. Seulement la Scandinavie a conservé plus purement les ifturces de l'inspiration teutonique, tandis qu'en Allemagne, elles se mêlèrent à des éléments nouveaux, résultat des guerres et des grands mouvements de l'invasion. D'ailleurs les chants primitifs de la Germanie ont tous disparu; nous n'avons même plus le recueil qu'en fit faire Charlemagne ; mais nous retrouverons la trace de cette double inspiration poétique dans le fameux poème des Nibelungen.
Les premiers ouvrages qui s'occupent de l'histoire des peuples germains avant l'invasion sont le livre De rébus Getids par Jomandès , et V Histoire des Lombards par Warne* fried, diacre d'Aquilée, qui vivait à la cour de Charlemagne. Le premier, contemporain de Justinien, n'a fait qu'une assez p&le compilation, dans un latin barbare; mais Warnefried conserve, dans un récit animé, la couleur primitive des événements et des caractères; on voit qu'il a présents à la mémoire les chants et les légendes qui se rattachent au passé des peuples germaniques , car une sève poétique circule dans plusieurs de ses épisodes.
Nous trouvons au quatrième siècle le premier monument de la langue teutonique dans la traduction de la Bible en gothique par Ulphilas. Cet apôtre des Goths était né en Cappadoce ; emmené captif avec sa famille dans une invasion que firent ces barbares en Asie Mineure, il devint leur évêque, mais il les attacha à l'arianisme. On pense que cette adhésion à l'erreur d'Arius lui fut im-
ÎO LITTÉRATURE ALLEMANDE.
posée par Tempereur Valens, lorsqu'il lui fit demander, pour les Visîgoths, vaincus et menacés par les Huns, un asile sur le territoire de l'empire. Ulphilas assista, en 3G0, au concile de Gonstantinople ; avant de mourir, il rentra dans Torthodoxie, que l'intérêt politique de son peuple lui avait fait abandonner.
Deux manuscrits précieux d'Ulphîlas sont parvenus jusqu'à nous, sous* les noms de Codex argenteus, à cause de ses lettres et de sa reliure en argent, et de Codex Carolmus; ils contiennent les quatre Évangiles, des fragments d'Esdras et deNéhémie, et les Ëpttres de saint Paul, incomplètes. Le rare mérite de ces deux manuscrits, c'est qu'ils contiennent les types du vieil idiome germanique. Ils ont servi à fixer l'alphabet et la langue gothiques; c'est donc un monument précieux pour la philologie. Le Codex argenteus est conservé à la bibliothèque d'Upsal, et l'autre à celle de Wolfenbûttel.
On se demande si les Germains connaissaient l'écriture avant leurs rapports avec les Grecs et les Latins. Certains caractères sacrés, nommés runes, étaient en usage en Scandinavie ; il en est question dans YEdda, L'origine en est peu connue; Schlegel leur attribue une source phénicienne; ils auraient été apportés sur les côtes de la Baltique par les navigateurs. Les caractères runiques, au noml^re de seize, sont des barres verticales et horizontales ; on trouve encore en Suède des inscriptions runiques en assez grand nombre.
Cette écriture sacrée était un art mystérieux , connu seulement de quelques initiés; un roi descendant d'Odin, dit VEdda, connaissait les runes du temps et celles de l'éternité. On employait des b&tons runiques , en bois de saule, sur lesquels étaient gravés les caractères ; ces bâtons servaient aussi à la magie. Tacite témoigne de cet usage dans