‹ Histoire des littératures étrangèresChapitre 110 sur 205 · CHAPITRE DOUZIÈME. Ui · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME. Ui

la nature même et les scènes de la vie commune ; c'est un vrai calque, et si la réalité des tableaux rebute quelquefois, cela tient au genre qui est défectueux par lui-même ; car la vie réelle demande pourtant sur la scène autre chose que la vérité crue ; il lui faut un peu d'art, et ce n'est pas pour rien que l'on parle de l'ar* dramatique.

Maxirailien Klinger (1753-1831), né à Francfort, nous offre le spectacle d'une vie aventureuse, commencée dans la misère, et se terminant au sein de la plus brillante prospérité : exemple rare dans la vie litléraire. Il est vrai que Klinger sut faire autre chose que des pièces de théâtre : après avoir été un pauvre étudiant, donnant des leçons pour vivre; après s'être attiré, par ses premiers essais littéraires, la protection de Gœthe, il devint comédien, puis lieutenant dans l'armée d'Autriche, officier au service de la Russie, attaché à Paul P% alors prince héréditaire ; il arriva aux dignités, à la fortune, comme directeur de l'école des cadets, et lieutenant général. Il mourut à Dorpat.

Ce serviteur de l'autocratie, qui se trouva si fort à l'aise sous un gouvernement absolu, était, dans sa jeunesse, imbu des idées révolutionnaires, et grand partisan des déclamations sophistiques de Rousseau. Ses drames sont remplis de ces tirades, qui étaient à l'ordre du jour, contre la tyrannie, en faveur de la liberté ; mais parvenu au comble des honneurs et de la fortune, Klinger finit par prendre en mépris cette humanité, qu'il regardait du haut de sa grandeur : le rêve s'était évanoui, il ne restait plus que le scepticisme.

Dans un concours dramatique ouvert à la société académique de Manheim, Klinger obtint le prix par sa tragédie les Jumeaux. Le drame Orage et Violence, qu'il fit ensuite, offre en contraste le nouveau monde américain et la vieille

Europe dont là civilisation n*ofTre que des abus. Cette pièce fit époque, moins par son mérite que par son titre, qui servit à caractériser un moment de trouble et d'effervescence dans l'imagination des jeunes écrivains. La réaction contre les influences étrangères venait de prévaloir; une fièvre d'indépendance et d'innovation agitait toutes les âmes, et l'audace des écrivains, emportés dans tous les sens, ne connaissait plus de bornes. Cet état de crise, que les critiques désignent sous le nom de période (Forage, dura de 1770 à 1780 environ ; Orage et Violence fut le mot de la situation ; la pièce de Klinger vint à propos pour la consacrer.

Bientôt Goethe et Schiller sortirent de l'orage comme de purs rayons, et tout ce qui n'était que bruit et fumée se dissipa; Klinger, avec l'instinct du bon sens, suivit ces grands modèles et modifia sa manière ; il composa la Mort de Conradin, Médée à Corinthe, Damoclès, Favori, Rodrigue, qui montrent un progrès sensible dans son talent. Ses cemédies le Derviche et les Joueurs ont une verve amusante de gaieté. Il s'adonna aussi au roman avec succès, en y mêlant l'intention satirique ou philosophique ; dans Orphée, il combat le penchant à la rêverie mystique qui dominait alors la jeunesse. Son Faust prouve que la légende immortalisée par Goethe préoccupait alors plusieurs esprits, car Lessing lui-même avait eu la pensée d'en faire un drame. Le Faust de Klinger est l'inventeur de l'imprimerie, qui se donne au diable parce que sa découverie est méconnue. Faust est conduit par Satan à travers le monde, ce qui donne occasion à l'auteur d'en faire une revue satirique ; c'est Ik qu'est l'intérêt principal du livre. Dans ses Voyages antédiluviens, il reprend la même donnée, en passant en revue l'existence humaine tout entière.

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