CHAPITRE TREIZIÈME
dans un lourd fardeau d'érudition indigeste ; une critique saine, éclairée, un récit clair et rapide manquaient encore à ces études, qui vont entrer enfin dans la voie du progrès.
L'étude du droit, qui se lie intimement à Thistoire, eut pour principal représentant au dix-huitième siècle J. J. Mceser, de Stuttgard (1701-1785), l'un des auteurs les plus féconds qui aient jamais existé ; on porte à 484 le nombre de ses ouvrages, formant un recueil de 702 volumes, dont 72 sont des in-folio. C'est le fruit d'un demi-siècle de travail assidu , dont la pensée même a de quoi effrayer ; un Allemand seul était capable d'un si lourd effort. Ces travaux s'appliquent aux lois et franchises de l'Allemagne, aux points litigieux de son histoire, et surtout au droit positif de l'Europe. Les principaux sont : V Ancien droit pu- Uic de r Allemagne; les Principes du droit d^s nations européennes en temps de guerre; le Dictionnaire du commerce; le Plutarque anglais, etc. Mœser fut professeur à Tubingen et à Francfort-sur-l'Oder, puis avocat consultant des États de Wurtemberg. Son fils, Charles Mœser, remplit plusieurs postes importants, et a composé de nombreux écrits politiques et historiques : Recueil des vues du Saint-Empire romain; Amusements diplomatiques et historiques; Archives patriotiques de r Allemagne.
Michel-Ignace Schmidt (1736-1794), prêtre catholique, fut le premier qui conçut et exécuta une Histoire des Allemands, en s' attachant à l'ensemble des événements plutôt qu'à l'histoire particulière de chaque État. Celte synthèse historique porta une lumière nouvelle dans une étude où d'ordinaire la masse confuse des événements nuisait à la clarté du récit; aussi l'ouvrage fut-il favorablement accueilli ; s'il manque d'élégance et de profondeur, il attache par un style clair, correct, par une narration simple et
grave. Schmidt conduisit son travail jusqu'à Tannée 1686 ; il fut complété par Milbiller, et s'arrête à Tannée 1806; Tensemble se compose de vingt-deux volumes.
Louis Schlœzer (1737-1809), professeur à Gœtlingen, était un érudit et un philologue de premier ordre ; il savait seize langue^; son rêve était un voyage en Orient, qu'il ne put accomplir ; mais il passa quelques années en Russie» et s'occupa surtout de Thistoire du Nord, dont il fut en quelque sorte le créateur, en la dégageant des fables qui Tenveloppaient. On lui doit YlntroducHon à l'histoire du Nord, VHistoire Scandinave, Y Histoire sUwonne, VHistoire lettone, Exposition de Phistoire universelle.
Justus Mœser (1720-1794) se distingue par de bons ou-. vrages : Y Histoire d'Osnabriick, les Fantaisies patriotiques , et les Mélanges.
Matthias Schrœckh (1733-1808) a rendu de vrais services à Thistoire en lui donnant une forme agréable et précise: s'il lui manque la hauteur des vues, la force, Téclat du style, il a au moins la clarté. Tordre qui captive et intéresse le lecteur; aussi eut-il un succès durable, quoiqu'il fût dépassé, de son vivant, par des travaux supérieurs aux siens. Son principal ouvrage est Y Histoire ecclésiastique en trentecinq volumes, pleine de recherches sérieuses, et généralement impartiales. Il faut y joindre sa Biographie univer^ selle, et son Histoire universelle pour les enfants, qui rendit de grands services à Tenseignement dans les écoles.
Jean de Millier (1752-1809) nous offre enfin un historien complet, doué des grandes qualités que les progrès de la science et de la critique nous permettent d'exiger de celui qui se livre à ce genre noble et sérieux. Né à Schafihouse, Suisse d'origine,' Millier appartient à TAUemagne par la langue, et par les fonctions qu'il y remplit en divers lieux.