CHAPITRE TREIZIÈME
Nous le voyons étudiant à Gœttingen, professeur à ShafT* house, à Genève, conseiller intime de Télecleur de Mayence, conseiller d'État à la cour de Vienne, historiographe et membre de TAcadémie à Berlin. En 1806, Napoléon, mattre de la Prusse, attacha Mûller au roi de Westphalie, Jérôme Bonaparte, en qualité de ministre : cette position lui causa beaucoup d'ennui et d'embarras : on l'accusa d'avoir trahi la cause nationale ; sa santé s'altéra promptement, et il mourut au moment où il voulait résigner ses fonctions.
Le principal ouvrage de Mtiller, son chef-d'œuvre, est Y Histoire de la Confédération suisse, depuis les origines de la nation jusqu'à la fin du onzième siècle; on y voit un écrivain complètement maître de son sujet, et le dominant par la hauteur des vues, de même qu'il sait l'exposer dans les détails avec une vivacité , une vérité d'expression admirables. Il juge en philosophe les hommes et les choses, pénètre les causes et montre les résultats avec une solidité de jugement qui l'a fait surnommer le Thucydide moderne, c C'était, dit madame de Staël, un homme d'un savoir inouï, et ses facultés en ce genre faisaient vraiment peur. On ne conçoit pas comment la tète d'un homme a pu contenir ainsi un monde de faits et de dates. Les six mille ans à nous connus étaient parfaitement rangés dans sa mémoire, et ses études avaient été si profondes qu'elles étaient vives comme ses souvenirs. Il n'y a pas un village de Suisse, pas une famille noble dont il ne sût l'histoire... Mûller, qu'on peut considérer comme le véritable historien classique de l'Allemagne, lisait habituellement les historiens grecs et latins dans leur langue originale; il cultivait la littérature et les arts, pour les faire servir à Thistoire. Son érudition sans bornes, loin de nuire à sa vivacité naturelle, était comme la base d'où son imagina-
lion prenait l'essor, et la vérité vivante de ses tableaux tenait à leur fidélité scrupuleuse; mais s*il savait admirablement se servir de Térudition, il ignorait Fart de s*en dégager quand il le fallait. Son histoire est beaucoup trop longue; il n'en a pas assez resserré l'ensemble... Ses discours préliminaires sont des chefs-d'œuvre d'éloquence. Nul n'a su mieux que lui montrer dans ses écrits le patriotisme le plus énergique... Il décrit en peintre la contrée où se sont passés les principaux événements de la Confédération helvétique... Il raconte chaque fait comme s'il s'était passé la veille, et sait lui donner l'intérêt qu'une circonstance encore présente ferait éprouver. »
VHistoire universelle de Millier, publiée après sa mort, et non achevée , n'a pas un mérite aussi complet que l'ouvrage précédent ; ce n*en est pas moins, malgré ses parties faibles, un précieux monument d'érudition, puisé aux sources originales. Sa Correspondance offre un grand intérêt ; la science y prend le caractère aimable d'une causerie fine et spirituelle, en même temps qu'elle révèle l'âme du penseur et de l'honnête homme.
Après Mûller, qui dépasse tous ses contemporains, nous citerons pour mémoire quelques noms d'historiens dont les ouvrages, plus ou moins estimés, ont rendu des services à la science : Spitller, pour Y Histoire de Hanovre, VHistoire des États de l'Europe, YHistoire du Wurtemberg, ouvrages sérieux et bien composés. — Woltmann, bon écrivain, auteur de YHistoire de la paix de WestphaUe, de YHistoire de France, de YHistoire de la réformation, — Archenholz, qui a écrit YHistoire de la guerre de Sept ans* les Annales d! Angleterre , et YHistoire de Gustave IVasa, ouvrage d'un vif intérêt. — Eichhorn, orientaliste d'un immense savoir, a écrit YHistoire du monde pendant les trois