CHAPITRE TREIZIÈME
derniers siècles, V Histoire de la lUtéralure depuis ses origines jusqu'aux temps modernes, ouvrage inacheyé, d'une érudition profonde pour l'époque, et qui a donné l'impulsion aux travaux nombreux de ce genre dont l'Allemagne s'honore. Eicbhorn a laissé encore de nombreux et importants travaux sur les monuments et la numismatique arabes, sur la littérature biblique, les livres saints, les langues anciennes et modernes, etc., les uns sont en latin, les autres en allemand ; il fut professeur à léna et à Gœttingen.
Nous chercherions en vain, en Allemagne, les traces de Téloquence politique dont l'Angleterre et la France nous offrent de si grands et beaux exemples ; la forme des gouvernements absolus ne donne aucune ouverture à ces discussions ardentes et solennelles où se débattent les questions législatives et gouvernementales. Il faut à ce genre d'éloquence une tribune et la liberté. L'éloquence judiciaire manque aussi totalement, pour des causes analogues. Reste l'éloquence de la chaire; elle n'a rien de brillant au dix-septième et au dix-huitième siècle.
On trouve singulier, au premier abord , que la religion réformée, fondée sur la liberté de discussion et d'interprétation, n'ait pas produit plus de mouvement dans l'éloquence religieuse. C'est qu'une fois le premier élan de la réforme calmé, et après les ardentes controverses qui l'accompagnèrent, le parti victorieux sentit qu'il n'avait rien à gagner en continuant la lutte. Sa base était instable; il s'était établi au nom de la liberté de penser; il comprit que ce principe môme pourrait lui être fatal, et il défendit, au nom de l'absolutisme doctrinal, ce qu'il avait conservé des dogmes fondamentaux du christianisme. Luther lui-même avait d'avance excommunié les dissidents, et par une sorte de convention tacite , on se rattacha à la
Bible, comme base immuable, sans trop remuer les cen< dres de la discussion éteinte. On se retrancha dans la morale naturelle , en y mêlant un parfum de christianisme emprunté aux livres saints; ce fut l'aliment .ordinaire et principal de la prédication évangélique. De là cette froideur monotone du discours religieux, qui dans les temples protestants, ressemble si peu à l'ardeur passionnée de la prédication catholique. Dans l'Église romaine, le dogme est limité, défini, immuable ; il est dominé par une autorité qu'on ne peut ni contester ni discuter, mais il a devant lui tout ce qui lui est contraire, et qu'il qualifie hautement d'erreur; de là un champ d'attaques et de controverses illimité, un aliment toujours nouveau pour l'éloquence. La théologie, la philosophie, l'histoire, toutes les questions divines et humaines sont à son service , et en morale , il poursuit les passions humaines jusque dans les replis les plus cachés du cœur humain ; il ne connaît ni compromis ni faiblesses ; il a des paroles pour le monde et pour le cloître , il parcourt tous les degrés de la piété , jusqu'à l'ascétisme, tous les degrés de la charité et du dévouement, jusqu'à l'abnégation et an détachement absolu ; c'est une gamme sans fin, enveloppée d'une unité merveilleuse, qui touche à toutes les cordes sensibles de l'âme, et qui laisse hien loin derrière elle les froides et banales conversations du prêche réformé. Voilà pourquoi le protestantisme reste si fort au-dessous du catholicisme en fait d'éloquence, et ne peut opposer aucun nom à ceux de Bossuet, de Bourdaloue, de Massillon, de Bridaine, de Lacordaire. Quand donc nous aurons cité les sermons de Cramer, de Reinhard, de Lorenz de Mosheim, de Guillaume -Frédéric Jérusalem, d'Ammou , de Schleiermacher, nous serons quittes envers l'éloquence religieuse de l'Allemagne.