‹ Histoire des littératures étrangèresChapitre 13 sur 205 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

le passage suivant : < Les Germains consultent le sort au moyen de petites branches d'arbre sur lesquelles on grave certains signes et qu'on jette pèle*mèle sur un tissu blanc ; on les prend ensuite au hasard, par trois fois , en succession diverse, et la combinaison des signes sert à formuler le présage. » Il paraît que l'écriture d'Ulphilas était un mélange de caractères grecs et runiques.

On sait qu*aucun des vieux chanls de la Germanie ne nous est parvenu ; ce qui en reste est de rédaction postérieure au dixième siècle; mais on y trouve parfois l'expression vraie et naturelle de l'héroïsme barbare, tel qu'il existait avant l'époque des invasions. Le plus remarquable est le poème anglo-saxon de Béowulph, en quarante-trois chants, qui peint le dévouement du guerrier avec une simplicité sublime. Béowulph s'expose pour son prince à la fureur d'un monstre marin ; il le tue avec sa mère dans deux combats terribles: plus tard, devenu roi, il s'expose encore pour son peuple contre un dragon féroce, qui garde un trésor ; il le tue, mais en succombant lui-même, et il se console par la pensée du service qu'il a rendu à son peuple.

Un autre poème non moins caractéristique de ce cycle primitif est le chant de HUdehrand, dont un fragment sans nom d'auteur a été découvert récemmeift à Cassel sur un manuscrit; il parait être du neuvième siècle. Hildebrand, compagnon de Dietrich de Berne , a séjourné longtemps à la cour d'Attila; il revient dans son pays après trente ans d'absence, et est arrêté en route par son fils Hadubrand, qui , sans le connaître , engage avec lui un combat à outrance : le père, vainqueur, est enfin reconnu par son fils, et rentre dans ses États.

Ce poème est écrit dans le vieil idiome franco-suève , en rhythme allitéré. Il peint admirablement la rudesse ger-

t% LITTÉRATURE ALLEMANDE.

manique des premiers âges , et cette espèce d'honneur farouche qui étouffe la voix de la nature.

« J'ai ouï dire qu'au milieu des combats se défièrent Hildebrand et Hadubrand , le père et le fils. Ils préparèrent leurs armes y endossèrent leurs cuirasses, bouclèrent leurs épées, et les deux héros marchaient Tun contre l'autre, quand le noble fils de Heerbrand, le sage Hildebrand, concis dans ses paroles, demanda à l'autre guerrier quel était son père parmi les hommes. — De quelle race es-tu? lui dit-il; si tu me le dis, je te donne cette cuirasse à triple fil; guerrier de ce royaume , je connais toute race d'hommes. — Hadubrand , fils de Hildebrand , lui répondit : Des gens Tieux et sages qui furent jadis m'ont dit que Hildebrand était mon père; moi je me nomme Hadubrand. Un jour il alla vers l'Orient fuyant la haine d'Otaker, avec Dietrich et une foule de guerriers ; il laissa au pays une jeune épouse dans sa demeure, un fils enfant, une armure sansmattre, et marcha vers l'Orient. Quand le malheur accabla mon cousin Dietrich, privé d'amis, Hildebrand s'éloigna d'Otaker> et, guerrier intrépide, il était toujours à la tète des trou» pes , il affectionnait les combats , il était connu de tous les braves; je ne crois pas qu'il vive encore. — Dieu du ciel, seigneur des hommes, s'écria Hildebrand, ne permets pas le combat entre des hommes qui sont ainsi parents! — U détacha alors de son bras une chaîne tressée en bracelet que lui avait donnée le roi puissant des Huns. Reçois , dit* il, ce don démon amitié. — Hadubrand lui répondit: C'est avec le javelot qu'on reçoit un tel don , et pointe contre pointe. Vieux Hun, indigne espion, tu m'éprouves par tes paroles. A l'instant je te lance mon javelot; tu es si vieux et ne crains pas de mentir? Ils m'ont dit, ceux qui naviguent à l'ouest, sur la mer des Vendes, qu'il y a eu une

Page 1