CHAPITRE TREIZIÈME. 23li
de ces peuples. L'Allemagne fut flère de se reirouver ainsi dans ses origines, et de rajeunir son génie aux sources primitives de sa poésie nationale. Plus tard, dans ses Sou^ venirs de quelques poètes allemands, Herder appelait l'attention du public sur les poètes du moyen âge, qu'il voulait venger d'un injuste oubli. Sous le titre ô'Adrastéa, il publiait un recueil périodique où sont insérés plusieurs de ces travaux relatifs à la poésie nationale des temps anciens.
Mais cette tâche de restaurateur de la poésie primitive, Herder Taccomplit mieux encore, et avec plus de gloire, dans ses travaux bibliques, qui furent une des nobles passions de sa vie. Son livi'e, De l'esprit de la poésie Whraïque, a fait époque et sensation dans un siècle où le scep ticisme voltairîen avait déversé le m<^pris sur les Saintes Écritures ; il est resté comme un monument de haute critique et de grande' inspiration religieuse. Depuis sa jeunesse il rêvait à cet ouvrage ; il fut heureux et fier quand il put le publier, quoique inachevé, car il n'y put mettre la dernière main. Dans la première partie, il étudie, sous forme de dialogue, la poésie des Écritures, ainsi que celle des autres peuples de l'Orient; dans la seconde partie, il s'occupe particulièrement des Psaumes et des Prophéties y il traduit ou imite, et fait ressortir admirablement le& magnificences de cette poésie directement inspirée du Ciel : il montre que l'art n'y est pour rien, et que sa beauté, sa grandeur découle immédiatement de la source divine et du sentiment de la foi. Les prophètes lui inspirent un véritable enthousiasme, et, par moments, on] croirait entendre la harpe de David dans les chants du poëte moderne, qiii s'est fait son interprète.
Et pourtant Herder n'était chrétien qu'à demi : c'était un spiritualiste ému, plutôt qu'un vrai croyant ; il est
attendri par la grandeur et la beauté de son sujet ; il en respecte et exalte le côté divin; mais, dans sa pensée, le christianisme n'est qu'une forme religieuse plus parfaite que les autres, qui doit servir de transition et d'acheminement à une religion plus parfaite encore, la religion de Yhumanité. Cette déviation du principe chrétien est encore une conséquence de l'enseignement protestant, qui, s'il ne tombe pas dans le scepticisme, comme Kant, se prête à toutes les fantaisies incertaines du rationalisme. Cette évolution des idées de Herder est surtout manifeste dans son principal ouvrage : ]es Idées sur la philosophie de l'histoire : il arrive au déisme, mais sans se séparer entièrement de l'élément chrétien.
Ainsi, au début de cet ouvrage, il admire le récit de Moïse sur fa création, et remarqué la concordance qui existe entre les données de la science moderne et celles du livre divin. Upriend l'homme à son origine, et passe en revue l'organisation de la famille, celle de la société, au moyen des institutions civiles, morales et religieuses. Contrairement à Rousseau, qui ne voit dans l'état social que la dépravation de l'homme, Herder y voit un besoin naturel, inné, source de vertus morales, d'après le principe qu'il ne faut pas faire à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit à vous-même. De là dérive tout progrès dans rhumanitè.
Selon Herder, l'humanité va toujours en progressant, et il s'attache à en trouver la preuve dans les difiTérentes périodes de l'histoire, en tenant compte surtout des influences extérieures et du climat. Ce tableau est complet pour les peuples anciens, mais les peuples modernes n'y sont qu'esquissés ; Herder n'eut pas le temps d'approfondir cette partie de sa t&che. Il juge fort mal , et avec ses pré-