CHAPITRE QUATORZIÈME
rimitatioD française était condamnée ; un émule de Sbakspeare remplaçait enfin la convention par la vérité.
GkBthe a placé Faction de son drame sous Tempereur Maximilien, à la fin du moyen âge, au moment où la chevalerie disparait pour faire place aux temps modernes- On y voit apparaître Martin Luther, encore moine , mais préludant déjà à la révolte contre l'Église. G*est cette période de guerres, de troubles, d'agitations, que Gœthe a voulu peindre. Le héros, Gœtz de Berlichingen, surnommé Main de Fer, parce que sa main droite , perdue dans les combats, avait été remplacée par une main à ressorts de fer avec laquelle il continuait de combattre , Gœtz est en quelque sorte le dernier représentant de la féodalité ; c'est un vieux chevalier à l'âme forte et sensible, au caractère loyal et fier, mais que l'orgueil entraîne jusqu'à violer les lois, et à se révolter contre son souverain ; il meurt victime de sa faute , et celui qui l'a poussé à l'abîme est son ancien ami, Weislingen, dont le caractère flottant et la lâche conduite font un contraste frappant avec la noblesse soutenue de Grœtz.
En composant ce drame, Grœthe se préoccupait moins de la représentation que de l'ensemble du tableau et de l'effet qu'il voulait produire; les unités n'y sont point observées; ce qu'il cherchait, c'était la vérité des peintures, et l'unité d'impression. Il ne put être joué que plus tard, lorsqu'en 1804 Gœthe le remania pour la scène; mais il lui conserva la simplicité primitive, ne voulant point que l'art pût effacer le naturel, auquel il tenait avant tout.
Si le drame historique de Gœtz commença la réputation de Gœthe, on peut dire que le roman de IVerther la compléta; jamais succès ne fut plus éclatant, plus universel. Et pourtant cette peinture d'une maladie morale, cette
passion coupable, qui ne sait pas se vaincre, et qui ne trouve d'autre refuge que le suicide, est au fond une œuvre malsaine, dont Teffet fut déplorable sur la jeunesse rêveuse de TAllemagne. C'est sans doute une puissante et délicate analyse psychologique de la passion , c'est un tableau malheureusement trop vrai du travail profond que peut causer l'amour dans une âme sensible, mais l'impression n'en reste pas moins dangereuse et démoralisatrice.
Ici encore, Gœthe a peint une situation personnelle, car Werther ce fut lui-même, sauf le suicide; s'il ne l'a pas avoué dans ses Mémoires, de récentes publications ont révélé le secret des personnages qui figurent dans ce roman intime. Pendant un séjour qu'il fit à Wetzlar, en 1772, Gœthe s'était lié avec Christian Kestner, attaché de légation, qui était fiancé à Charlotte de Buff; c'était une charmante jeune fille qui servait de mère à ses sœurs, plus jeunes qu'elles ; Gœthe ignorait d'abord que les deux amants fussent engagés l'un à l'autre; quand il l'apprit, son cœur était déjà en tiers dans une intimité devenue délicate ; il n'en resta pas moins assez longtemps à s'enivrer d'une passion dont le charme lui faisait oublier le danger. Son ami Merck, qui surveillait sa gloire, lui ouvrit les yeux, et le pressa de rompre. Gœthe partit, laissant une lettre d'adieu, qui fut bientôt suivie d'une correspondance où, sauf quelques traces de jalousie, on ne voit nulle part de marque de désespoir. Le bonheur de Kestner et de Charlotte, mariés peu de temps après, n'en fut nullement altéré ; leurs relations avec Gœthe continuèrent jusqu'à leur mort, et ce sont leurs enfants, qui, en publiant la correspondance de Gœthe avec cette famille , et tous les papiers relatifs à Werther, ont donné le dernier mot de cette