‹ Histoire des littératures étrangèresChapitre 14 sur 205 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

grande bataille» et que Hildebrand a péri. — Hlldebrand loi répond : Je vois bien à ton armure que tu ne sers pas un noble mattre, et que dans ce royaume tu n'as pas encore vaincu. Hélas! Dieu puissant, quelle destinée est la mienne! Soixante étés et bivers j'ai erré dans Fexil ; jamais on ne m'a confondu dans la foule des guerriers, jamais l'ennemi n'enchaîna mes jambes dans son fort , et maintenant il faut que mon profère fils me perce de soïi épée, me fende dosa hache, où que je devienne son meurtrier! Sans doute tu peux , si tu en as la force , enlever l'armure d'un brave, dépouiller son cadavre , si toutefois tu en as le droit. Que celui-là soit le plus vil des hommes de l'Est qui voudra te détourner du combat que tu souhaites avec tant d'ardeur f Braves compagnons, c'est à vous de juger qui de nous dirigera mieux les traits , qui se rendra mattre des deux armures! — Ils lancent alors leurs javelots aigus, qui s'enfoncent dans les boucliers; ils se précipitent l'un contre l'autre, et, de leurs haches retentissantes, ils fendent les boucliers luisants; leurs cuirasses en sont ébranlées, mais leurs corps... »

Le manuscrit s'arrête au milieu de ce récit palpitant, et le dénoûment de ce drame nous serait inconnu , si nous ne retrouvions la légende de Hildebrand dans le Yilkinasaga, recueil Scandinave du treizième siècle, avec le complément qui nous manque ; le récit n'a plus la même force,, il se perd dans des détails oiseux , mais on y voit que le vieux Hildebrand est vainqueur de son fils, qu'ils se reconnaissent, et rentrent ensemble au foyer de famille. Dans une légende persane , on trouve un récit semblable, mais le héros, Rustan, tue son fils Zorab sans le reconnaître. Enfin chez les vieux Celtes, Cuchullin, poëte guerrier de l'Irlande, triomphe aussi de son fils Conloch , et lui donne la mort.

La prédication chrétienne fut partout, chez les barbares, le commencement de la civilisation; ils lui doivent leur initiation aux lettres comme aux sentiments d'élévation morale : tant il est vrai que l'Évangile est et sera toujours le code suprême des nations, le trait d'union entre la terre et le ciel.

C'est au moyen de la langue latine que se fit, parmi les barbares, l'établissement du christianisme : elle était le lien commun entre les nations, et elle est restée, à juste titre, la langue de l'Église romaine, cette ancienne institutrice des peuples. L'unité de l'Église était à ce prix , comme la pureté de la doctrine; partout où une autre langue l'a emporté , il y a eu dissidence et source d'erreur.

La conversion des peuples germains est due particulièrement à des moines irlandais et anglo-saxons: saint Golomban , saint Gall , saint Kilian venaient d'Irlande , et commencèrent cette œuvre, qui fut complétée par les Anglais, saint Wilfrid , saint Wilbrod et saint Winf rid , plus connu sous le nom de Boniface. Ce dernier est le plus célèbre, et fut le véritable apôtre de l'Allemagne au huitième siècle. Encouragé par les papes Grégoire II et Zacharie, et aussi par Charles Martel, il sema l'Évangile parmi les peuples de la Thuringe, de la Hesse, de la Franconie, de la Bavière, de la Saxe; il devint évèque de Mayence, fonda plusieurs évéchés et monastères, entre autres la célèbre abbaye de Fulda, et après trente-six années de travaux, de prédications , de voyages , il alla mourir martyr au fond de la Frise, avec dix de ses compagnons, sous le fer d'une troupe de païens barbares. C'est ainsi que la Germanie s'inclina peu à peu sous le joug de la croix, et que la civilisation chrétienne accomplit son œuvre: les populations errantes se

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