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CHAPITRE QUATORZIÈME

mdnte, brisée par la froide indifférence de Wilhelm Meister; rictime innocente et pure, dont la mort fait ressortir tout Fégoîsme de celui qui en est la cause. N'est-ce pas ainsi que Gœthe se conduisit envers toutes les femmes dont il avait troublé le cœur et la vie? Et le grand poète, comme Rousseau, n*a-t*n pas donné la mesure de la faiblesse humaine, quand on le voit choisir sa servante pour compagne de sa vie?

La seconde partie de Wilhelm Meister, les Années de voyage, n'a pas le même intérêt que la première : c'est une œuvre de vieillesse, rendue monotone par des longueurs et des théories philosophiques et sociales. Si la morale y souffre moins d'atteintes, si le christianisme y est ménagé, quelquefois même glorifié comme étant le résumé des plus hautes vérités religieuses, l'œuvre n'en reste pas moins incomplète et sans conclusion. La francmaçonnerie, qui sert de cadre aux Années de voyage, malgré Tattrait que Gœthe lui donne, ne sera jamais le dernier mot du progrès humain.

Si la morale souffre dans Wilhelm Meister, elle est encore bien plus compromise dans un autre roman, les Affinités électives, œuvre essentiellement matérialiste, où la liberté humaine semble subordonnée aux attractions sensuelles, aux sympathies physiologiques. Peu s'en faut que tout sentiment humain, Famour comme les autres, ne soit le résultat pur et simple d'une action chimique, d'une affinité, comme le dit l'auteur en même temps que la science. Dès lors toute passion devient irrésistible, toute résistance morale inutile, toute loi superflue, toute institution civile impossible; l'homme est irresponsable, et la loi de la matière domine toutes les autres. Aussi Gœthe ne voit-il que le divorce comme moyen de rendre à

la liberté deux âmes que la loi a unies, mais qui se trouvent entraînées par des affinités nouvelles. Plus est grand le génie d'un homme, plus sont dangereux les écarts de son imagination fourvoyée.

La prodigieuse activité du génie de Gœthe se portail sur les sujets les plus divers : le travail semblait doubler ses forces, et ses facultés poétiques ne s'éteignirent qu'avec sa vie. C'est ainsi que vers 1812, son attention se fixe sur les découvertes accomplies en Orient par les savants et les voyageurs. Llnde, la Chine, la Perse se révélèrent à lui avec leurs richesses poétiques longtemps inconnues; il se mit à traduire, à imiter, à commenter leurs principaux poètes, et sous le titre de Divan, il publia en douze livres ce recueil de chants qui révéla à l'Europe les merveilles de l'imagination orientale. Le goût du public eut d'abord quelque peine à se faire à ce genre de poésie , où la pompe noie souvent la pensée, et où les images se heurtent et s'entre-croisent avec une surabondance excessive; mais Gœthe triompha, comme toujours, de cette première résistance, grâce à l'étonnante beauté de son style.

Si IVilhelm Meister est un Werther rattaché à l'existence par l'intérêt qu'il prend aux réalités de la vie , dans Hermann et Dorothée, le héros est encore bien mieux l'antithèse de Werther. Ame délicate et naïve, cœur tendre et concentré , accessible aux plus nobles émotions, Hermann a au plus haut degré le sentiment du devoir; il .y puise la force de caractère qui prépare aux luttes de la vie, et Ton sent qu'il ne se laissera pas entraîner, comme Werther, à ce découragement qui mène au suicide. Ce poëme, cette histoire de village, en neuf chants, est d'une simplicité exquise; c'est une morale en action, un tableau delà vertu sous les couleurs les plus attrayantes. Dorothée est une

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