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CHAPITRE QUATORZIÈME

poëte. € Il a versé dans cette œuvie, dit un critique », un peu confusément et au hasard de Tinspiration , toutes ses conceptions les plus hautes et les plus bizarres, ses notions ou ses rêves sur la nature et Thumanité, sur la politique et l'histoire, sur la morale et sur Fart; son esthétique et sa métaphysique, sa science et son génie, toute son âme enfin et sa vie. » Jugeant lui-même son œuvre dans ses entretiens avec Eckermann, Goethe a dit : < Le Faust est un sujet incommensurable, et tous les efforts que les esprits feraient pour le pénétrer entièrement seraient vains. »

Le Faust de l'ancienne légende est un joyeux compagnon, un épicurien qui ne cherche que le plaisir; c'est un type allemand de la sensualité grossière: boire, manger, satisfaire tous ses désirs, voilà ce qu*il cherche, et ce qui le pousse à vendre son âme au diable. Ce nécromancien émërite, ce débauché légendaire n'était point le blasé moderne, fatigué de la science, et voulant sonder l'infini; il mettait sa science à la recherche du plaisir, à la satisfaction de ses grossiers appétits. La plus ancienne édition du livre de Faust avait pour titre : « Histoire prodigieuse du docteur Faustus, le magicien , où Ton voit comment il se donna au diable, comment il entreprit un grand nombre de choses prodigieuses, jusqu'à ce qu'il reçût sa récompense ; extraite en grande partie de ses propres manuscrits, et publiée pour l'effroi des impies et l'avertissement des fidèles. j> Auteur inconnu. La seconde édition porte le nom de Widmann; elle a été traduite en français, au seizième siècle, par Palma Gayet. Cette histoire se répandit en Hollande, en Angleterre, et Marlowe en tira un drame plein d'énergie*. Galderon, en Espagne, la mit également au théâtre.

' Caro, Revue des Deux Mondes, V' février 1866. • Littérature anglaise,

Voici en abrégé ce que rapporte Tancienne légende. Faust, né de parents pauvres dans le comté d'Anhalt, est appelé à Wittenberg par un de ses cousins, qui le fait étudier à l'université de cette ville. Tout en apprenant la théologie et la médecine, il se livre avec ardeur à l'astrologie, à la magie, et devient expert en science occulte. Son cousin meurt et lui laisse un petit héritage, qu'il dissipe promptement en orgies avec ses compagnons. A bout de ressources, il se rend dans une forêt le soir, trace des cercles magiques, et évoque le diable. Satan lui apparaît, et lui promet son appui. Le lendemain, il lui envoie un esprit à ses ordres, Méphistophélès, qui s'offre de le semr pendant vingt-quatre ans, de satisfaire tous ses désirs, moyennant un pacte qu'il signera de son sang. Faust consent, et promet de renoncer à Dieu et aux saints; de ne point obéir aux prêtres ni à l'Église; de ne faire aucun acte de religion; de ne jamais se marier. Ce pacte signé, Faust, pour prix de son âme, reçoit tous les moyens de satisfaire et d'assouvir ses instincts brutaux : bon vin, dîners plantureux, meubles de luxe; il traite largement ses compagnons de débauche; ce ne sont que festins, jeux, chansons impies, tumulte scandaleux, dont s'effrayent les bonnes âmes de Wittenberg. Quand il veut voyager, et porter ailleurs ses plaisirs, il lui suffit d'étendre son manteau, de s'asseoir dessus avec ses compagnons, et les voilà arrivés aussitôt que partis. C'est ainsi qu'ils se rendent à Leipzig, à la cave d'Auerbach, où ils vident un énorme tonneau, que le docteur Faust a enfourché comme un cheval , et qu'il a fait avancer dans le caveau par son art magique. Si vous doutez du fait, on vous montrera encore, dans ce caveau d'Auerbach, une vieille peinture noircie qui représente la scène, et le docteur à cheval sur

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