CHAPITRE QUATORZIÈME. 2G
appel, Tesprit de la terre apparaît, mais pour lui faire sentir sa faiblesse, et le refouler plus profondément dans sa misère. < Moi, l'image de Dieu, s'écrie-t-il, qui me croyais déjà parvenu à l'éclat de la vérité étemelle.... Oh! combien je dois expier l'audace de mes présomptions! ^ne parole foudroyante m'a refoulé bien loin. Esprit divin, j'ai bien pu t'attirera moi, mais je n'ai pas eu la force de te retenir!... Je n'égale pas Dieu! Je le sens profondément; je ne ressemble qu'au ver de terre qui s'agite dans la poussière, qui s'en nourrit, et que le pied de l'homme écrase en passant... »
Faust, désespéré, veut mourir, et s'empare d'une fiole où est préparé le poison qui sera sa délivrance. Au moment où il l'approche de ses lèvres, il entend les cloches joyeuses et les chants qui célèbrent la fêle de Pâques.
« Le Christ est ressuscité ! Joie au mortel qui languit icibas dans les liens de la misère et de l'iniquité! »
Les pieux souvenirs de son enfance le rappellent à la vie; il sort et se môle à la foule joyeuse. Insouciante, qui cherche le plaisir. Le souffle du printemps a ravivé la nature; il se reprend lui-même à vivre, et l'on pourrait croire qu'il est sauvé, quand il dit : « Je me sens animé d'un ardent amour pour les hommes, et l'amour de Dieu me ravit aussi. » Mais Faust a évoqué et troublé les esprits de l'abîme, et l'un d'eux a élu domicile dans sa demeure sous la forme d'un chien noir qui l'a suivi dans sa promenade. Le barbet grogne, s'agite, se gonfle, et tandis que Faust emploie les conjurations pour l'éloigner, Méphistophélès apparaît, sous l'habit d'un étudiant :. désormais,. Faust a trouvé son maître; l'esprit du mal va s'emparer de lui pour ne le plus quitter.
Du reste Méphistophélès ne se masque guère : il dévoile
nettement son caractère, et Faust ne peut s'y tromper. « Je suis, lui dit-il, l'esprit qui toujours nie; et c'est avec justice, car tout ce qui existe est digne d'être détruit; il serait donc mieux que rien n'existât. Ainsi, tout ce que vous nommez péché, destraclion, bref, ce qu'on entend par mal, voilà mon élément. »
Faust ne résiste pas trop à l'esprit tentateur; il le méprise, mais il se laisse enlacer par ses artifices et ses promesses. Il veut sortir 4e lui-même, de son ennui, de ses ténèbres. Méphistophélès lui offre tous les biens, toutes tes jouissances; il sera son serviteur, son esclave, toujours à ses ordres. Faust se livre et signe le pacte de son sang, c II faut, dit- il, que mes passions ardentes s'apaisent dans le gouffre de la sensualité; qu'au moyen de voiles magiques et impénétrables, de nouveaux miracles s'apprêtent. Précipitons-nous dans le murmure des temps, dans les vagues agitées du destin, et qu'ensuite la douleur et la jouissance, le succès et l'infortune arrivent comme ils pourront! »
Le sort en est jeté : Faust est acquis à l'esprit du mal. « Je me consacre au tumulte, aux jouissances les plus douloureuses, à l'amour qui sent la haine, à la paix qui sent le désespoir. Mon cœur, guéri de l'amour de la science, ne sera désormais fermé à aucune douleur; ce qui est le partage de l'humanité entière, je veux le concentrer dans le plus profond de mon être; je veux, par mon esprit, atteindre à ce qu'elle a de plus élevé et de plus secret; je veux entasser sur mon cœur tout le bien et tout le mal qu'elle contient, et, me gonflant comme elle, me briser aussi de même. >
Les rôles ainsi tracés, le drame s^engage dans le domaine de la fantaisie et de la réalité. Faust et Méphistophélès sont inséparables. Un manteau leur sert de véhicule pour