‹ Histoire des littératures étrangèresChapitre 143 sur 205 · CHAPITRE QUINZIÈME. t · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME. t

ayant désobéi, subit une détention de quinze jours; ii comprit que le seul moyen de suivre ses goûts littéraires était d*échapper à cette inquisition princière ; il se sauva à Manheim, et sa plume, devenue libre, put achever la Cou' juration de Fiesque.

Les Brigands sont une œuvre d'effervescence et de jeunesse, sorte de protestation contre la servitude et la tyrannie; ce fut le régime militaire du duc Charles qui la fit éclore , et Schiller dut peut-être à ces souffrances moraies de son jeune Âge sa vocation dramatique et l'éclat de sa carrière. La pièce en elle-même a^bien des défauts, et le fond en est dangereux, puisque ce n*est autre chose qu'un appel à la révolte, considérée comme un droit pour ceux qui, dans l'ordre social, sont victimes de l'injustice. Ce qui atténue un peu la portée de ce paradoxe, c'est que la scène est placée au quinzième siècle, époque où l'anarchie féodale et sociale pouvait encore obscurcir l'idée du devoir et de l'obéissance aux lois; mais la pièce n'en est pas moins fausse; tout l'intérêt est pour ces révoltés, ces mulaw, brigands, voleurs, assassins, qui se font justice à leur manière, et sont entourés d'une auréole de grandeur et d'héroïsme. Charles Moor, le héros , a pour frère un scélérat consommé, qui le prive de l'héritage paternel et veut lui ravir sa fiancée; le désespoir lui met les armes à la main, et à la tête d'une bande de brigands, il se venge par le meurtre et le pillage des injustices dont il a souffert. Il cherche à se faire illusion, et croit par moments qu'il est l'exécuteur des vengeances divines contre les méchants; mais il est lié à une troupe de malfaiteurs qui commettent le crime pour le crime; aussi a-t-il des remords, et dans l'horreur de sa situation, il se livre à la justice humaine, en reconnaissant qu'il a eu tort de vou- I. 48

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loir usurper le glaive de la Providence, à qui seule appartient la justice suprême. Cette expiation finale ne donne pas à la pièce une solution morale suffisante; les déclamations antisociales de la première partie n'en conservent pas moins leur danger et leur éloquent sophisme. On en vit la preuve dans Teflet que produisit cette pièce sur la jeunesse allemande; l'enthousiasme fut au comble, et plusieurs jeunes fous, égarés par cette prédication incendiaire , allèrent essayer de la vie de brigand au milieu des forêts, pour protester, comme Moor, contre les abus de Tordre social; cette tentative, il est vrai, tomba devant le ridicule; mais ce n'en est pas moins une preuve du trouble que peuvent jeter dans certains esprits les déclamations de la scène.

Schiller, considéré comme déserteur dans son pays, était menacé d'extradition; il fut réduit à se cacher pendant quelque temps chez des amis, sous un nom supposé, et pendant cette retraite forcée, il acheva deux nouveaux drames : la Conjuration de Fiesque, et Louise Miller, désignée plus tard sous le titre de Intrigue et Amour; ils furent représentés avec succès à Manheim ; et Schiller devint le fournisseur attitré de ce théâtre au prix de cinq cents florins par an. II fondait en même temps un recueil de critique artistique sous le titre de Thalie du Rhin.

Les deux pièces que nous venons de mentionner sont encore des attaques contre Tordre social, dans le même ordre d'idées que les Brigands, La Conjuration de Fiesque est un drame historique qui, au nom de la liberté, fomente les passions révolutionnaires : il eut peu d'écho en Allemagne ; ce pays ne pouvait être remué par cette fièvre qui agitait alors la France. Vlntrigue et V Amour est un drame bourgeois qui fut mieux accueilli, quoique la donnée

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