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CHAPITRE QUINZIÈME. t

en soit fausse, les sentiments forcés, exaltés, la forme déclamatoire; le mélodrame moderne se trouve là tout entier en germe. Schiller eut le bon esprit de revenir au genre de Shakspeare, au drame historique, qui devait lui assurer une gloire plus pure et plus durable.

Don Carlos, pièce romanesque, qui n'a guère d'historique que le nom, est pourtant un progrès. L*Ame de l'écrivain est devenue plus sereine; la haine s'est calmée; il voit les hommes tels qu'ils sont, et ne fait plus appel à la violence pour réformer la société. Il composa cette pièce dans un village près de Dresde, au milieu de la société charmante d'une famille amie, dont la douce sérénité exerça sur lui une heureuse influence. Le sombre et terrible Philippe II d'Espagne , rival de son fils en amour, et le faisant mettre à mort, est un sujet qui a tenté plus d'un auteur dramatique; mais au point de vue réel, rien de moins connu et de moins expliqué que cette énigme historique. Schiller a accepté la légende qui fait du père un cruel tyran s'inclinant devant le tribunal de l'Inquisition, et du fils une jeune victime innocente et pure. Quant à la passion réciproque de Carlos et de la reine Elisabeth, c'est une invention destinée à alimenter l'intérêt et l'eflet du drame; c'est le ressort qui amène le dénoûment. Le drame romantique se permet sans scrupule ces mensonges historiques qui faussent les idées des masses, et sont le traves» tissement de l'histoire ; rien de plus blâmable à notre avis* Cette prétention de substituer la vérité humaine à la vérité historique fait de l'art un inhument d'erreur et de calomnie qui le déshonore. La pièce ayant eu un médiocre, succès à Manheim, Schiller entreprit de la défendre dansles Lettres sur Don Carlos, où il soutient que le théâtre doit

être pour la société un enseignement philosophique; très-

bien : mais rhistoîre offre aussi son enseignement, non moins utile, celui de la vérité, que Ton ne doit pas violer impunément. Si les leçons du théâtre et de Tbistoire peuvent concourir au même but, c'est à condition de ne pas se contredire. Le préjugé protestant a porté Schiller à noircir Philippe H, qui n'avait pas besoin de cela.

Après le succès de Don Carlos, la position sociale de Schiller, jusque-là incertaine, se fixe enfin d'une manière heureuse; il aimait une jeune fille noble, Charlotte de Lengefeld, mais il n'avait pas osé jusque-là aspirer ouvertement à sa main ; ses amis ayant obtenu pour lui la chaire d'histoire à l'Universifé d'Iéna, il put se faire agréer des parents de Charlotte, et goûter ces douces joies de la famille qu'il savait apprécier. Ce mariage eut lieu en 1790; la période de lutte et d'orage est passée pour Schiller ; sa pensée, devenue plus calme, va grandir et trouver l'harmonie; son imagination, sans être moins vive ni moins brillante, va s'exercer sur des sujets plus dignes de lui; enfin ses rapports avec Goethe, qui commencent bientôt après, lui donneront une noble émulation, et profiteront à son goût, qui s'épurera au contact de ce grand génie.

Les crimes de la Révolution française excitèrent dans l'àme de Schiller un mouvement généreux d'indignation. Il voulait défendre Louis XVI mis en jugement, et eut même la pensée de venir à Paris, pour offrir son concours à Malesherbes et à de Sèzé, défenseurs du roi. Il ne dut pas être longtemps fier de ce titre de citoyen français qui lui avait été décerné, comme à Alfleri, sans doute en Thonneur de la doctrine révolutionnaire prêchée dans ses Brigands,

Schiller laissa dormir pendant plusieurs années sa muse dramatique pour se livrer à la poésie lyrique et à l'histoire. Il avait déjà écrit VHistaire de la révolte des Pays-Bas,

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