CHAPITRE QUINZIEME
œuvre intéressante, mais incomplète; il composa alors YHisioire de la guerre de Trente ant, comme prélude de son futur drame de WaHetutein; on peut louer sans restriction, dans ce récit, la vivacité et l'intérêt de la narration ; mais le préjugé de secte le porte sans cesse à une partialité évidente en faveur des protestants contre les catholiques. Tout en écrivant l'histoire, Schiller ne peut se soustraire à son instinct dramatique : il disposç son récit comme pour la scène ou l'épopée; il met en lumière un héros, ici Gustave-Adolphe, là le comte d'Egmont, il concentre autour d'eux tout l'intérêt, et laisse dans Tombre les faits qui ne s'y rapportent pas directement. De là un défaut dans le plan, des lacunes dans la narration ; tout est sacrifié à la marche de l'action et à l'intérêt du récit; l'attention du lecteur est excitée, mais la vérité historique y perd.
Gomme poète lyrique, Schiller se place au premier rang, entre Bûrger et Gœthe : il a l'élan, l'enthousiasme de la véritable inspiration; c'est un maître, un penseur, un vrai poète. Il sait varier le ton et la forme de ses chants, les modifier suivant le sujet ; il a le sentiment vif et enthousiaste des choses, et il remue profondément toutes les fibres du cœur humain. Personne n'a mieux compris, mieux exprimé que lui cqWq puissance de la poésie.
<r tfn torrent s'élance à travers les fentes des rochers, et tombe avec le fracas du tonnerre. Des montagnes en débris suivent son cours, et la violence de ses eaux déracine les chênes. Le voyageur étonné entend ce bruit avec un frémissement qui n'est pas sans plaisir; il écoute les flots mugir en tombant du rocher, mais il ignore d'où ils viennent. Ainsi l'harmonie se précipite à grands flots sans qu'on puisse connaître les sources d'où elle découle.
€ Le poêle esl Tallié des êtres terribles qui tiennent en main les fils de notre vie: qui donc pourrait échappera ses nœuds magiques et résister à ses accents? Il possède le sceptre de Mercure, et s'en sert pour guider les âmes; tantôt il les conduit dans le royaume des morts, tantôt il les élève, étonnées, vers le ciel, et les suspend, entre la joie et la tristesse, sur Téchelle fragile des sensations.
« Lorsqu'au milieu d'un cercle où règne la gaieté, s'avance tout à coup, semblable à un fantôme, l'impitoyable destin, tous les grands de la terre s'inclinent devant cet inconnu qui vient d'un autre monde ; tout le vain tumulte de la fête s'apaise; les masques tombent, et les a^uvres du mensonge s'évanouissent devant le triomphe de la vérité.
< De même, quand le poète prélude, chacun jette soudain le fardeau qui lui est imposé; l'homme s'élève au rang des esprits et se sent transporté jusqu'aux voûtes du ciel ; alors il appartient tout à Dieu ; rien de terrestre n'ose l'approcher, et toqte autre puissance est contrainte à se taire; le malheur n'a plus d'empire sur lui ; tant que dure la magique harmonie, son front cesse de porter les rides que la douleur y a creusées. »
Dans le chant intitulé Y Idéal, Schiller a bien peint celte transformation qui s'était accomplie dans son âme et dans sa destinée, lorsqu'au seuil de son âge mûr, il sentit l'apaisement des passions violentes au milieu des douces consolations de l'élude et du foyer domestique. « Tu veux donc, infidèle, te séparer de moi, avec tes douces illusions, tes peines et tes plaisirs? Rien ne peut arrêter ta fuite, ô temps doré de ma jeunesse! C'est en vain que je te rappelle ; tu cours précipiter tes ondes dans la mer de l'éternité.
a Ils ont p&li, ces gais rayons qui éclairaient mes pas;