LA CLOCHE
Compagnons, dans le sol s'est affermi le moule: La cloche enfin va naître aux regards de la foule. C'est aujourd'hui le jour appelé par nos vœux. Qu'une ardente sueur couvre vos bras nerveux. L'honneur couronnera la peine et le courage Des joyeux ouvriers, si Dieu bénit l'ouvrage I
Il faut associer, comme un puissant secours,
Au travail sérieux de sérieux discours.
Le dur travail , rebelle à des esprits frivoles ,
S'accomplit sans efforts sous d'heureuses paroles.
Méditons entre nous sur les futurs bienfaits.
D'une cause vulgaire admirables effets.
Honte à qui ne sait pas réfléchir pour connaître !
Par la réflexion Thomme ennoblit son être,
S'exalte; et la raison fut donnée aux humains
Pour sentir dans leurs cœurs las œuvres de leurs mains.
Saisissons les tiges séchées Des pins tombés sous les hivers , Pour qu'au sein des tubes ouverts Les flammes volent épanchées.
Dompté par les feux dévorants , Que le cuivre à l'étain s'allie , Afin que la masse amollie Roule en plus rapides torrents.
Ce pieux monument que vont, avec mystère, Édifier nos mains dans le sein de la terre , Il parlera de nous des sommets de la tour. Vainqueur, il franchira les temps, et tour à tour
m LITTÉRATURE ALLEMANDE.
Comptera des humains les races disparues. On verra dans le temple, à sa voix accourues, Des femilles sans nombre humilier leur front. Aux pleurs de Taffligé ses plaintes s'uniront; Et ce que les destins, loin de l'âge où nous sommes , Dans leur cours inégal apporteront aux hommes , S'en ira retentir contre ses flancs mouvants , Qui le propageront sur les ailes des vents.
Je vois frémir la masse entière :
L'air s'enfle en bulles ; cependant Des sels de l'alcali mordant Laissez se nourrir la matière.
Il faut que du bouillant canal L'impure écume s'évapore , Afin que la voix du métal Retentisse pleine et sonore.
La cloche annonce au jour, avec des chants joyeux , L'enfant dont le sommeil enveloppe' les yeux. Qu'il repose... pour lui, tristes ou fortunées. Dans l'avenir aussi dorment les destinées. Mais sa mère, épiant un sourire adoré, Veille amoureusement sur son malin doré. Hélas! le temps s'envole et les ans se succèdent... Déjà l'adolescent, que mille vœux possèdent, Tressaille, et de ses sœurs quittant les chastes jeux , S'élance , impatient, vers un monde orageux. Pèlerin engagé dans ses trompeuses voies. Qu'il a connu bientôt le néant de ses joies ! Il revient, étranger, au hameau paternel, Et devant ses regards , comme un ange du ciel , Apparaît, dans la fleur de sa grâce innocente. Les yeux demi^baissés , la vierge rougissante. Alors un trouble ardent, qu'il ne s'explique pas, S'empare du jeune homme. Il égare ses pas , Cherche les bois déserts et les lointains rivages, Et, de ses compagnons fuyant les rangs sauvages,