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CHAPITRE QUINZIÈME

Aux traces de la vierge il s'altache, et, rêveur,

Adore d'un salut la douteuse faveur.

Des aveux qu'il inédite il s'enivre lui*méine;

Aux nuages, aux vents, il dit cent fois qu'il aime.

Sa main aux prés fleuris demande chaque jour

Ce qu'ils ont de plus beau pour parer son amour.

Son cœur s'ouvre au désir, et ses rêves complices

Du ciel anticipé connaissent les délices.

Hélas 1 dans sa fraîcheur que n'est-elle toujours

Cette jeune saison des premières amours?

Comme les tubes se brunissent!

Qu'un rameau , dans la masse admis , Plonge... Quand ses bords se vernisseni , On peut fondre. Courage , amis I Tentons cette épreuve infaillible , Par qui doit élre révélé Si le métal dur ou flexible S'est heureusement accouplé.

Car, où l'on voit la force à la douceur unie ,

De ce contraste heureux nait la fière harmonie.

C'est ainsi qu'entraîné par un attrait vainqueur.

Le cœur éprouvera s'il a trouvé le cœur.

L'illusion est courte, et sa perte est suivie

D'un amer repentir aussi long que la vie.

Voici , des fleurs au sein , des fleurs dans les cheveux ,

La vierge, pâle encor de ses premiers aveux.

Sur son front couronné, sur sa pudique joue.

Le voile de l'épouse avec amour se joue ,

Quand la cloche sonore, en longs balancements,

A l'éclat de la fête invite les amants ;

La fête la plus belle et la plus fortunée,

Hélas! est du printemps la dernière journée ;

Car avec la ceinture et le voile, en un jour,

La belle illusion se déchire, et l'amour

Menace d'expirer quand sa flamme est plu» vive.

A l'amour fugitif que l'amitié survive ;

Qu'à la fleur qui n'est plus succède un fruit plus doux

Déjà la vie hostile appelle au loin l'époux ;

Il faut qu'il veille, agisse, ose, entreprenne, achève ,

Pour atteindre au bonheur, insaisissable rêve.

D'abord il marche, aidé de la faveur des cieux;

L'abondance envahit ses greniers spacieux ,

A ses nombreux arpents d'autres arpents encore

S'ajoutent, sa maison s'étend et se décore ;

La mère de famille y règne sagement ,

Du groupe des garçons gourmande l'enjouement;

Instruit la jeune 6Ile aux mains laborieuses ;

Vouée aux soins prudents des œuvres sérieuses ,

Des rameaux du verger elle détache et rend

Tout le linge de neige à son coffre odorant ;

Y joint la pomme d'or que janvier verra mûre ;

Tourne le fil autour du rouet qui murmure ;

Partage au travailleur la laine des troupeaux ,

Les surveille , et comme eux , ignore le repos.

Du haut de sa demeure, au jour naissant, le père

Contemple en souriant sa fortune prospère ,

Ses murs dont Tépaisseur aiïronte les saisons ,

Et ses greniers comblés des dernières moissons ,

Tandis que, du printemps les haleines fécondes

De ses jeunes épis bercent dëjà les ondes.

D'une bouche orgueilleuse il se vante : « Aussi forts

Que ces rocs où du temps s'épuisent les efforts,

Pèsent les bâtiments que mon or édifie ;

Vienne l'adversité, leur splendeur la défie!

Malheureux! qui peut faire un pacte avec le sort?

Le ciel rit; un point noir parait, la foudre en sort.

Bien! Le rameau fait son épreuve.

Commençons la fonte. — Un moment!

Avant de déchaîner le fleuve , Avez-vous prié saintement?

A présent, allons! qu'on se range :

Ouvrez les canaux! — Ah! que Dieu Nous aide! ' — Voyez le mélange Accourir en vagues de feu.

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