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CHAPITRE QUINZIÈME

Il est de Tunivers la plus pure merveille, Le feu, quand l'homme, en paix, le dompte et te surveille. Et c'est par son secours que l'homme est souverain. Mais qu*il devient fatal , lorsque, seule et sans frein , Sa force, enveloppant les vieux pins, les grands chênes, Vole cooime un esclave affranchi de ses chaînes. Malheur, lorsque la flamme, au gré des aquilons, A travers les cités roule ses tourbillons! Car tous les éléments ont une antique haine Pour les créations de la puissance humaine. Entendez-vous des tours bourdonner le beffroi? A la rougeur du ciel, le peuple, avec elTroi S'interroge. — Au milieu des noirs flots de fumée S'élève, en tournoyant, la colonne enflanmiée. L'incendie , étendant sa rapide vigueur. Du front des bâtiments sillonne la longueur. L'air s'embrase, pareil aux gueules des fournaises; La lourde poutre craque et se dissout en braises ; Les portes, les balcons s'écroulent... plus d'abris; Les enfants sont en pleurs sur les seuils en débris. Les mères, le sein nu, comme de pâles ombres. Courent; les animaux hurlent sous les décombres; Tout meurt, tombe ou s'enfuit par de brûlants chemins. Le seau vole, emporté par la chaîne des mains; Ce fils, qui va tenter l'effrayante escalade, Sauvera- t-il du moins son vieux père malade?... L'orage impétueux accourt de l'Occident; . La flamme s'en irrite, et l'accueille en grondant.

Sur la maison séchée elle tombe et serpente ,

Se redresse, et des toits soulève la charpente.

Comme un affreux géant qui veut toucher les cieux.

L'homme, sous le destin, fléchit silencieux.

Ses œuvres ont péri. Partout la flamme est reine.

Les murs brûlés, debout restent seuls, sombre arène,

Où des froids ouragans s'engoufTre la fureur.

La nue, en voyageant, y regarde, et l'horreur

Dans leurs concavités profondément séjourne.

Une dernière fois l'homme, en priant, se tourne

Vers sa fortune éteinte, et bientôt plus serein ,

Prend avec le bâton les vœux du pèlerin.

Tout ce qui fut son bien n'est plus qu'un peu de cendre;

Mais un rayon de joie en son seuil vient descendre ;

Voyez , il a compté les têtes qu'il chérit :

Pas une ne lui manque, et triste, il leur sourit.

Le métal que la terre enferme A comblé le moule. Ahl du moins L'œuvre arrivé pur à son terme Payera- 1- il notre art et nos soins?

Mais si l'enveloppe fragile Rompait sous le bronze enflammé!...

Peut-être dans la sombre argile -Le mal est déjà consommé!

Nous confions au sein de la terre profonde L'ouvrage de nos mains ; dans son ombre fécondo Le prudent laboureur laisse tomber encor L'humble grain , en espoir riche et flottant trésor. Vêtus de deuil , hélas ! nous venons à la terre D'un germe plus sacré déposer le mystère; Pleins de l'espoir qu'un jour, du cercueil redouté Ce dépôt fleurira pour l'immortalité. — Des hauts sommets du dôme , aux épaisses ténèbres La cloche a du tombeau tinté les chants funèbres. Écoutez! Les concerts, d'un accent inhumain. Suivent un voyageur sur son dernier chemin. C'est la mère chérie, hélas! la tendre épouse Que vient du roi des morts l'avidité jalouse Séparer des enfants, de l'époux expirant. L'époux les reçut d'elle , et tous , l'un déjà grand , L'autre dans ses bras, l'autre, encore à la mamelle, Ils souriaient... Alors rien n'était beau comme elle! C'en est fait! Elle dort sous le triste gazon. Celle qui fut longtemps l'âme de la maison. Déjà manquent tes soins, ô douce ménagère! Et demain sans amour va régner l'étrangère.

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