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CHAPITRE QUINZIÈME

Laissons froidir la cloche; et \ou8, Comme Toisean sous la feuillée, Libres et joyeux, courez tous; Voici l'heure de la veillée !

Le compagDon vole au plaisir; Dans les cieux, en paix, il voit naître Et briller les astres ; le maître Doit se tourmenter sans loisir.

Sous la forêt où glisse une pâle lumière ,

0 voyageur, hâtez vos pas vers la chaumière;

L'Angelus des hameaux retentit dans les airs ;

Le filet allongé pend sur les flots déserts.

L'agneau devant les chiens vers le bercail se sauve.

Le troupeau des grands bœufs, au front large, au poil fauve,

S'arrache en gémissant aux délices des prés;

Et s'avance, couvert de festons diaprés.

Le lourd char des moissons, criant sous l'abondance;

Et les gais moissonneurs s'échappent vers la danse.

Maintenant, brisez l'édifice, Pour que notre œil soit récréé ; Que notre cœur se réjouisse De l'œuvre par nos mains créé.

Que le marteau pesant résonne Jusqu'au moment où, des débris De l'enceinte qui l'emprisonne.

Naîtra la cloche au jour surpris.

C'est le maître prudent qui doit rompre le moule ;

Mais , lorsqu'on flots brûlants l'airain s'échappe et roule ,

Quand sa puissance même a rejeté ses fers ,

11 mugit et, semblable aux laves des enfers,

De sa captivité court punir ses rivages.

Tel le flot populaire étend ses longs ravages.

Ah ! malheur, lorsqu'au sein des États menacés ,

Des germes factieux fermentent amassés,

Et que ]e peuple en6n , las de sa longue enfance ,

S*empare horriblement de sa propre défense !

Aux cordes de la cloche, alors, en rugissant,

Se suspend la révolte aux bras ivres de sang.

L'airain qu'au Dieu de paix la piété consacre

Sonne un afTreux signal de guerre et de massacre.

Un cri de toutes paris s'élève : Égalité!

Liberté! Chacun s'arme ou fuit épouvanté!

La ville se remplit; hurlant des chants infâmes,

Des troupes d'assassins la parcourent ; les fimimes

Avec les dents du tigre insultent sans pitié

Le cœur de l'ennemi déjà mort à moitié ,

Et du rire d'un monstre avec l'horreur se jouent'.

De l'austère pudeur les liens se dénouent.

L'homme de bien fait place à la rébellion.

Gerte , il est dangereux d'éveiller le lion ;

La serre du vautour est sanglante et terrible ;

Mais l'homme en son délire est cent fois plus horrible.

Oh! ne prodiguons point, par un jeu criminel,

Les célestes clartés à l'aveugle éternel ;

Leur flambeau l'aide au mal, et d'une main hardie.

Au lieu de la lumière il répand l'incendie!

Dieu ne veut plus nous éprouver.

Voyez, du sol qui l'environne.

Lisse et brillante, la couronne * En étoile d'or s'élever !

Déjà le cintre métallique En mille reflets joue à Toeil ; Déjà récusson symbolique Du sculpteur satisfait l'orgueil.

Que le chœur de la danse à pas joyeux s'approche. Venez tous, et donnons le baptême à la cloche. Cherchons-lui quelque nom propice et gracieux Qu'elle veille sur nous en s'approchant des cieux Balancée au-dessus de la verte campagne, Que sa bruyante joie, ou sa plainte, accompagne

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