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CHAPITRE QUINZIÈME

' Les scènes de la vie en leurs jeux inconstants. Qu'elle soit dans les airs comme une voix du temps. Que le temps mesuré dans sa haute demeure, De son aile, en fuyant, la touche heure par heure. Aux voluptés du crime appartient le remord ; Qu'elle enseigne aux humains qu'ils sont nés pour la mort , Et que tout, ici-bas, s'évanouit et passe, : Comme sa voix qui roule et s'éteint dans l'espace! Que les câbles nerveux , de son lit souterrain , Arrachent lentement la cloche aux flancs d'airain. Oh ! qu'elle monte en reine à la voûte immortelle ! Elle monte, elle plane, amis; et puisse-t-elle, Dissipant dans nos cieux les nuages épais De son premier accent nous annoncer la Paix!

Depuis douze années, Schiller paraissait avoir renoncé au théâtre ; ses travaux historiques et lyriques avaient absorbé tout son temps, et il s'y livrait avec une telle ardeur qu'un moment sa santé en fut compromise; le bruit de sa mort courut même en Allemagne. li put aller revoir son pays natal et son vieux père ; sa santé se rétablit, et en 1798, son grand drame historique, JVallenstein, fut représenté sur le théâtre de Weimar. Schiller s'y élève à une hauteur qu'il ne devait dépasser que dans Guillaume Tell.

11 y a dans Wallenstein trois parties, ou plutôt trois pièces, toutes remplies pourtant et animées par ce personnage extraordinaire, qui fut un traître après avoir été un héros. La première partie, le Camp, nous offre. une série de scènes destinées à peindre surtout la vie militaire de l'époque. Dans la seconde partie, les Pkcolomini, l'action se prépare, les caractères se dessinent, surtout celui de Thécla et de Max Piccolomini, type du héros chevalier; il y a des scènes un peu longues, mais l'intérêt est vif, grâce au naturel, à la vérité puissante des situations. Enfin I. 49

la troisième partie, la Mort de Wallenstein, nous montre la tragédie véritable, la grandeur, la puissance du principal personnage, son ambition démesurée, sa fin tragique par la trahison de l'infâme Butler.* L'histoire n'est pas défigurée dans ce drame, comme dans Don Carlos, et le pathétique n'en est que plus grand, parce qu'il a pour base la vérité historique.

La Fiancée de Messine, avec des chœurs à la manière antique, est d'une valeur secondaire. L'intérêt est ralenti et diminué par ces chants qui ne sont ni dans nos goûts ni dans nos habitudes; mais la poésie en est admirable.

Marie Stuart est une pièce touchante, qui a le tort de pécher contre la vérité. Schiller s'est épris d'admiration , comme Walter Scott, pour la reine d'Ecosse, et lui a sacrifié ÉUsabeth, sa rivale, ce qui est assez naturel, car oo s'intéresse toujours plus à la victime qu'au bourre^^^ mais il admet que le meurtre de Darnley doit êtve \^* proche- à Marie, ce qui n'est nullement prouvé. Il y ^^

'^^ des

scènes délicatement touchées, de beaux sentiments^ ^ sensibilité vive, et la pièce intéresse toujours, ce qui ^st le principal au théâtre. Dans le cinquième acte, le pathiétique de la situation s'élève au sublime : le calme de ]M:arie Stuart en présence de la mort, sa résignation, son repen« tir, ses adieux à ses serviteurs produisent une éxxiotion profonde de douleur et de pitié.

Jeanne é^Arc, sauf les beautés de détail , qui sont xi ombreuses, pèche singulièrement contre la vérité et \sl vraisemblance. Schiller n'a pas compris la grandeur naïve, religieuse, sublime de l'héroïne de Vaucouleurs; il '"' met au cœur une passion subite, passablement absi^''^^ pour Lionel, et amène contre elle les malédictions d^ son père ; il la fait mourir de ses blessures à la suit^ ^ ""

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