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CHAPITRE QUINZIÈME. S

combat victorieux. Le lecteur français est singulièrement dépaysé dans cette série d'événements, où il ne retrouve plus la simplicité héroïque des faits à lui connus. Pourtant cette pièce est un bel hommage rendu à la mémoire de Jeanne d'Arc. II faut savoir gré à Fauteur allemand d'avoir le premier réhabilité sur la scène cette noble figure' que Voltaire avait souillée de sa fange. Voici en quels termes il annonce son intention : «'Pour couvrir d'ignominie le céleste idéal de l'humanité, l'ignoble moquerie, 6 noble vierge ! t'a traînée dans la boue la plus immonde ; car l'ironie a engagé contre la beauté pure une guerre éternelle ; elle ne croit ni à Dieu ni à ses anges ; elle veut ravir au cœur les trésors qui font sa richesse; elle combat la noble illusion; elle étouffe la croyance... Ne crains rien : il y a encore de nobles cœurs qui s'enflamment pour tout ce qui est grand, pour tout ce qui est divin. »

Guillaume Tell, la dernière pièce de Schiller, et la plus éclatante par la grandeur des scènes et la vivacité des peintures, nous prouve que son génie allait toujours en grandissant. Cest une œuvre de maturité, une forte étude qui fait regretter d'autant plus vivement que la mort soit venue arrêter la marche ascendante de cette belle organisation poétique. Il rêvait à de nouveaux travaux, lorsque .la mort le frappa à quarante-six ans. Schiller, dans cette pièce, a eu le bon esprit de ne pas s'écarter de la légende si dramatique qui a rendu immortel le nom du libérateur de la Suisse; l'intérêt va toujours croissant jusqu'au moment où le féroce Gessler tombe sous la flèche vengeresse de Tell. Mais le cinquième acte est un hors-d'œuvre inutile : l'apparition de Jean le Parricide, déguisé en moine, et venant demander un asile ^à Tell, forme une diversion

qui détourne et diminue l'intérêt.

tn LITTERATURE ALLEMANDE.

La première idée de Guillaume Tell appartient à GkBthe ; il 7 voyait un sujet d*épopée, dont il avait même ébauché les premiers chants, mais il Tabandonna, heureux de voir son ami y trouver sa plus haute inspiration dramatique. Ce n'est pas seulement Tépisode de Guillaume Tell, et sa légende plus ou moins authentique , que Schiller a voulu mettre en scène ; il a représenté , avec un relief merveilleux, un peuple tout entier, secouant la tyrannie et brisant ses fers : de là cette grandeur solennelle de Faction, et le vif intérêt qu'elle inspire. Nous ne la connaissons guère en France que par la mise en scène de l'opéra, et l'incomparable musique dont Ta dotée Rossini. C'est une gloire de plus pour Schiller que son chef-d'œuvre ait pu inspirer un autre chef-d'œuvre.

Schiller était arrivé au sommet de la renommée comme à l'apogée de son talent ; il était acclamé par l'Allemagne entière, et il voulait répondre à ces applaudissements par de nouveaux travaux dignes de lui , lorsqu'une maladie dont il souffrait depuis quelques mois vint l'emporter dans toute la force de l'âge et du génie. Sa dernière œuvre est une belle traduction de la Phèdre de Racine : hommage rendu au plus parfait de nos poètes dramatiques.

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