CHAPITRE XVI
Le théâCre après Schiller. — Wemer. — Collin. — MûUner. — Grillparzer. — Honwald. — Kleist. — Kotzebae. — Raapach. — Le roman moderne, — Auguste Lafontaine. — Lamotte-Fouqné. — Les humoristes. — Hippel. — Jean -Paul Richter, unique dans son genre; ses divors ouvrages. — Hoffmann : sa vie désordonnée; ses Contes fantastiques.
Nous ne devons plus nous attendre, après les deux grands noms qui précèdent , à trouver de ces œuvres magistrales où se révèle le génie. La nature n*est pas prodigue de grandes intelligences ; quand elle en a produit deux ou trois dans un siècle , elle semble épuisée et avoir besoin de repos.
Parmi les écrivains de second ordre dont les pièces ont marqué au théâtre, citons d*abord Zacbarias Wemer (1768- 1823), imagination ardente et féconde, souvent exaltée, mais toujours à la poursuite du beau et de Tidéal. Il crut le trouver d*abord dans la franc-maçonnerie, et, dans une de ses meilleures pièces, le Fils de la Vallée, il a exposé ses théories philosophico-humanitaires en montrant les Templiers comme cherchant à régénérer l'humanité au moyen d'un mysticisme religieux que leurs contemporains ne furent pas aptes à comprendre. Wemer abandonna par la suite ses rêves de jeunesse pour des idées plus saines et plus pratiques ; il devint catholique, entr^ dans les ordres, et se fit un renom comme prédicateur. Il avait consacré un grand drame, Martin Luther, à célébrer la Réforme sous des couleurs mystiques : comme ensemble, cette pièce est
défectueuse, mais elle a plusieurs tableaux fortement dessinés. Dans le drame intitulé le Vtngt'-qtuitre Février, il a ressuscité le dogme de la fatalité antique, en montrant, sur les sommets des Alpes, une pauvre famille de paysans succombant, d'une génération à l'autre, sous les arrêts d'une destinée maudite. Le 24 février est le jour fatal où les membres de cette famille trouvent successivement une fin tragique. Plusieurs des pièces de Werner sont moins faites pour le théâtre que pour la lecture ; les scènes se succèdent sans enchaînement, et souvent le lyrisme absorbe l'action : Sainte Cunégonde et la Mère des Machabées sont de ce genre; le mysticisme religieux y domine, mélangé de trivialité, de mauvais goût : l'écrivain sacrifiait alors aux tendances romantiques de son temps.
Henri-Joseph Collin (1771-1811), poëte viennois, se rapproche des classiques français par la noblesse soutenue des sentiments et du style, ainsi que par le choix des sujets, empruntés pour la plupart à l'antiquité; Coriolan, Polyxène, Régulus, les Horaces, sont des pièces aussi bien pensées que bien écrites ; l'esprit en est moral et le caractère élevé. On doit aussi à Collin des poésies nationales qui lui font honneur, ce sont les Chants du guerrier, avec un fragment d'épopée sur Rodolphe de Habsbourg.
Adolphe Mtdlner (1774-1829), neveu de Bûrger, fut le rival , ou plutôt l'imitateur de Werner dans son drame le Vingt-quatre Février, dont la donnée repose aussi sur le fatalisme. Ses deux autres tragédies, le Roi Ingurd et V Albanaise, se distinguent par la régularité du plan, la noblesse et l'élégance de la diction ; il a eu aussi des succès dans la comédie, par ses pièces les Grands Enfants et les Fiancés.
François Grillparzer (1790) a eu évidemment l'imagination excitée par les œuvres dramatiques de Goethe et de