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CHAPITRE SEIZIÈME

Schiller : sa tragédie d'Ottocar est une pièce patriotique qui rappelle Gœtz de Berlichingen, moins le naturel et la vérité; Taction est espacée sur dix-huit années, avec un mélange de grandeur et de vulgarité qui rappelle les scènes historiques de Shakspeare. La Trilogie de la Toison (For fait penser au Wallemtein de Schiller ; les beautés poétiques y abondent ; le rôle de Médée est plein de force et de coloris ; mais c'est une Médée allemande, trop rêveuse, trop sentimentale, et bien éloignée de la simplicité du théâtre grec. VAieule, Sapho, le Fidèle Serviteur sont encore de bonnes pièces, ainsi que la comédie le Menteur, qui n'a de commun que le nom avec celle de Corneille.

Le baron Houwald (1770-1845), homme du monde et poète amateur, a fait des romans , des poésies lyriques et des tragédies, la première à l'âge de treize ans. Sans s'élever bien haut, il a l'esprit juste, la conception nette, et le style remarquablement pur. V Image, le Phare, les Ennemis, ^falédiction et Bénédiction, sont des œuvres de mérite, où les mœurs et les caractères sont dessinés avec autant d'art que de vérité : toutes ses œuvres sont revêtues d'une teinte mélancolique.

Henri de Kleist (1776-1811), peu connu de son temps, a été réhabilité par a critique moderne, si bien que sa rénommée n'a rien perdu pour attendre. Cette sympathie rétrospective est due autant aux malheurs de son existence qu*à son talent, qui est très-réel. Il y avait même en lui l'étoffe d'un grand poète; mais une maladie mentale, entrecoupée d'intervalles lucides, arrêta l'essor de ses facultés poétiques. Le malheur semblait s'attacher à ses pas : d'abord officier dans l'armée , il se dégoûta du mélier, donna sa démission, voyagea en France, en revint poursuivi par le dégoût de la vie et l'idée du suicide,

traîna une vie errante et misérable ; il fut quelque temps employé aux finances, prisonnier des Français pendant la guerre de 1806; toujours entre la raison et la folie, il s'éprit, pour son malheur, d'une jeune femme exaltée, Henriette Yogel, et se tua à côté d'elle, après l'avoir tuée elle-même , sur sa propre demande.

Les productions de ce malheureux esprit ont dû se ressentir de son état moral ; rien n'y est complet, mais il y a des éclairs de génie; s'il ne domine pas son art, il réussit souvent à enlever le spectateur. Dans un moment de démence furieuse, où il voulait se tuer, il avait biiUlé tous ses premiers écrits, entre autres une tragédie de Robert Guiscard^ que Wieland signalait comme une œuvre de génie ; il fit depuis Catherine de Heilbroon, drame chevaleresque d'un puissant efiet. La Bataille d'Hermann fut un appel dramatique à la nation allemande pour repousser l'invasion étrangère ; Arminius, l'antique symbole de la Germanie, n'est jamais invoqué eii vain par les patriotes d'outre-Rhin : c'est une vieille machine un peu usée, mais qui produit toujours son effet. Le Prince de Hombaurg est composé dans le même courant d'idées, avec une maturité de talent plus grande : c'est un appel indirect à la nation allemande d'avoir à s'insurger contre le joug oppresseur de Napoléon. Kieist a aussi composé une excellente comédie, la Cruche cassée, des romans et des nouvelles, qui prouvent qu'avec une intelligence plus saine, il fût devenu l'un des meilleurs écrivains de son temps.

Raupach a une veine plus féconde que puissante, et son mérite est fort controversé. Beaucoup de ses pièces sont condamnées à l'oubli, entre autres les treize tragédies qu'il a échafaudées sur la maison des Hobenstaufen, laquelle a heureusement d'autres titres à la gloire. Ce qu'il

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