CHAPITRE SEIZIÈME
y a de mieux daus le théâtre de Raupach, ce sont les Reines, les Amis, la FUle de l'air, Raphaël^ et surtout les Contrebandiers, comédie qui a eu un succès durable et mérité.
Kotzebue (1761-1819) tient une place importante dans le théâtre allemand, au moins par le nombre de ses pièces, qui se monte au chiffre respectable de deux cent onze. Il faut remonter à Lope de Vega ou à Alexandre Hardy pour trouver des exemples d'une telle fécondité. Mais la postérité, d'accord avec la critique, tient compte de la qualité plutôt que de la quantité; Alceste dirait, avec raison, que le nombre ne fait rien à V affaire. La plupart de ces pièces, comédies ou drames, ne sortent pas de la médiocrité, et sont par là même condamnées à Toubli ; quelques bonnes scènes, des traits épars de finesse et d'esprit ne suffisent pas pour faire vivre une œuvre dramatique. Kotzebue visait moins à la perfection de l'art en lui-même qu'à l'effet de la représentation et au succès du moment; ce succès, il l'a obtenu, mais là se borne sa gloire. Pourtant quelquesunes de ces pièces méritent une mention honorable, et s'élèvent au-dessus de l'inspiration vulgaire : ce sont deux drames, la Réconciliation, Misanthropie et repentir, puis une comédie charmante, les Gens de la petite ville, que l'on a souvent comparée à la pièce de Picard qui porte le m&me titre; c'est, dans les deux pièces, une peinture amusante de ces petitesses, de ces commérages vulgaires, de ces prétentions ridicules que l'on rencontre si souvent dans le cercle étroit et médisant des petites villes de province : le bourg idéal de Krœhv^rinckel, où Kotzebue a placé la scène, est devenu proverbial en Allemagne; mais si la comédie a ridiculisé ces travers provinciaux, on ne peut affirmer qu'elle les ait fait disparaître : le ridicule est immortel, en Allemagne comme ailleurs. Kotzebue, qui
faisait du métier plutôt que de Vart, a aussi composé bon nombre de farces, qu'il intitulait lui-même Farces pour la digestion, indiquant ainsi le mérite qu'il faut leur reconnaître.
Cet écrivain, qui a intéressé et amusé toute une génération, eut une existence des plus agitées, terminée par une fin tragique. Né à Weimar en 1761, il entra au service de la Russie, et devint gouverneur civil de la province de Revel, grâce à l'appui d'un général russe dont il avait été le secrétaire, et qui le recommanda à l'impératrice Catherine II. Il quitta cette place pour aller passer quelques années à Vienne, dont il fournit le théâtre, puis retourna en Russie, fut envoyé en Sibérie, à cause d'un pamphlet qui lui fut attribué, mais rentra bientôt en faveur auprès de Paul I*, grâce à sa pièce, le Cocher de Paul /•% où le prince trouva pour lui un éloge flatteur. Il voyagea ensuite en Italie et en France, puis revint en Allemagne, et publia ses Souvenirs de voyage, assez peu favorables aux pays qu'il avait visités. L'esprit satirique de Kotzebue tournait volontiers au dénigrement : il se trouva à Weimar au moment où Gœthe et Schiller, devenus amis intimes, tenaient si glorieusement le sceptre des lettres; poussé par la jalousie, il mit en œuvre une assez vilaine intrigue pour brouiller les deux grands poètes. La chose tourna à sa confusion ] il se rendit à Berlin, où il rédigea un journal hostile à la France, puis fut attaché au cabinet d'Alexandre I**, dont il rédigea les manifestes et les notes diplomatiques de 1811 à 1814. Après la guerre, il fut nommé consul de Russie à Kœnigsberg et prit sa retraite en 1817. Il s'était retiré à Manheim : de là, il adressait à l'empereur de Russie des mémoires sur l'état politique et littéraire de l'Allemagne^ et il rédigeait la Semaine littéraire, où il tournait en ridl-