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CHAPITRE XVII

Le romantisme en Allemagne. — Son caractère; opinion de Goethe; maladie littéraire. — Hœlderlin , Sonnenberg , Schulze, Noyalis. — La poésie patriotique pendant la guerre de la Délivrance (1813). — Amdt. — Rûckert. — Kœmer. — Schenkendorf. — Frédéric Schlegel, poète et critique. — Guillaume Schlegel , aussi poëte et critique. Ses rapports avec madame de Staël. — Tieck. — Brentano. — Achim d'Amim. — Bettina d^Amim : Sa correspondance avec Gœthe. — Charoisso. — Eichendorf. — Immermann. — Platen.

C'est vers la fin du siècle dernier que se produisit le courant littéraire connu sous le nom de romantisme. Sans avoir une signification bien définie, il représentait en général ridée patriotique et le sentiment national dans la résurrection du moyen âge, des vieux chants des Minnesinger et des maîtres chanteurs ; dans les souvenirs de la chevalerie et la grandeur séculaire de l'empire allemand. Une jeunesse enthousiaste se porta avec ardeur vers cette rénovation du passé; les vieux textes furent exhumés; rhistoire du pays fut étudiée sous des aspects nouveaux. Les invasions françaises et les malheurs qu'elles entraînèrent vinrent ajouter à ces divers éléments celui d'une haine vivace contre les oppresseurs ; le mouvement littéraire trouva un appui dans le mouvement national de l'opinion : le patriotisme puisait une force présente dans cette résurrection du passé.

Cependant, lorsque Napoléon fut tombé sous les coups de la coalition, et que Waterloo eut vengé léna, la direction des idées se modifia, et les écrivains romantiques perdirent le terrain gagné. En effet, la victoire des princes I. «0

allemands, obtenue au profit des cours plutôt que des peuples, eut pour résultat un certain retour vers l'esprit féodal ; les aspirations libérales n'y trouvèrent pas leur compte, et comme la plupart des poôtes romantiques, en célébrant les gloires du passé, se trouvaient d'accord avec les princes qui ressaisissaient le pouvoir absolu, l'école romantique fut attaquée, vilipendée par tous les partisans déçus du progrès , et sa décadence arriva promptement.

D'ailleurs, il y avait plus d'enthousiasme irréfléchi que de véritable inspiration dans cet élan du romantisme; l'exagération lui fit tort ; il fut conduit par de jeunes écrivains d'un talent secondaire, qui n'aspiraient qu'à innover, et qui brouillaient tout en voulant tout régler à leur fantaisie : ils ne prouvèrent que leur impuissance. Gœthe et Schiller se refusèrent à donner des gages à ces enfants perdus d'une cause équivoque ; ils ne voulurent relever que d'eux-mêmes et de leur propre génie, tout en donnant à leur imagination tout l'essor que peuvent comporter les limites de l'art. Gœthe, dans sa vaste compréhension poétique, tendait à confondre l'idéal et le réel ; il voulait bien que le génie fût libre dans ses créations, mais il réprouvait tout excès, toute audace qui n'aboutissait point à l'expression de la vérité. A propos des deux écoles rivales, voici l'opinion qu'il émettait dans ses entretiens avec Eckermann : « J'appelle classique ce qui est sain, et romantique ce qui est maladif : les Nibelungen sont classiques aussi bien que les poèmes d'Homère, parce que ce sont des couvres fortes et saines. Les œuvres de beaucoup de modernes ne sont romantiques que parce qu'elles sont faibles €t maladives. Si c'est par ces qualités que nous distinguons le classique et le romantique, notre opinion sera bientôt faite. I»

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