CHAPITRE PREMIER. S
c dis, soit dans les forêts, soit en rase campagne, prompts c à prendre les armes, et tous soldats. Ils habitent la c bonne terre qu*ils ont conquise; ils y déploient leur c puissance... leurs ennemis les trouvent toujours prêts à c se défendre ; à peine a-t-on osé les attaquer qu'ils ont c vaincu... Je sais que c'est Dieu qui le fait ainsi... Et c maintenant que les hommes de bonne volonté se réjouisc sent ; qu'ils soient contents tous ceux de la nation franc que qui ont le coeur droit, puisque nous avons assez « vécu pour chanter le Christ dans la langue de nos pères. »
Nous avons peu de chose à mentionner dans la littérature allemande au dixième siècle, l'un des plus tristes de l'histoire : la féodalité s'organise; les peuples sont soumis, mais ils pâtissent des guerres sanglantes que se livrent les seigneurs et les princes. Et puis une sombre préoccupation s'est emparée de la chrétienté; l'an 1000 approche , et l'on croit à la fin du monde. On s'y prépare par la prière et la pénitence ; ce n'est plus le temps de chanter ni d'écrire : la chronique se tait comme l'histoire. A quoi bon relater des faits mortels quand la création va sombrer dans l'abîme ? Plus que jamais les monastères se peuplent en prévision de la grande catastrophe.
C'est dans les cloîtres que se trouve la vie intellectuelle, et c'est là que se travaille et se perfectionne la langue nationale. Le contact du latin ne lui a pas nui; de nombreuses traductions sont faites, surtout celles de l'Écriture. L'abbaye de Saint-Gall se distingue surtout par les travaux incessants de ses religieux; c'était un centre d'études qui a beaucoup servi à perfectionner la langue et à élever les esprits. Un de ses religieux, Notker ^ , traduisit
* Il y a ea à Pabl>aye de Saint-Qall plusieurs sayants religieux de ce nom.
les Catégories d*Aristote et le Traité de la Consolation de Boôce.
Tout en recherchant les traces de la littérature nationale, nous ne pouvons omettre complètement les œuvres en langue latine, puisque le latin était la langue savante, celle de l'Église et des écoles , et qu'elle servait de lien commun entre tous les peuples de l'Europe par l'intermédiaire du clergé. L'idiome vulgaire était dur, pauvre, incomplet; il rendait difficilement les idées générales, il manquait de termes pour la science ; tandis que le latin se présentait naturellement , avec sa richesse , sa variété , sa souplesse, et les ouvrages de l'antiquité qui avaient échappé au cataclysme de la conquête. Il était donc tout naturel que le latin fût la base des études et le véhicule de la pensée.
C'est en latin qu'écrivit Raban Maur, abbé de Fulda, puis archevêque de Mayence, le savant le plus remarquable de l'époque. Fulda était alors, comme Saint-Gall, une pépinière de savants et d'évéques. Raban Maur y fut élevé, compléta ses études sous Alcuin, et revint ensuite pour diriger le célèbre monastère, dont il fut abbé pendant vingt ans. Raban est comme le type de ces grands évoques du moyen âge, dont les vertus, les lumières, l'influence, se font sentir sur toutes les affaires du temps, exerçant une sorte de tutelle sur les rois , et s'interposant en faveur des peuples contre la tyrannie des grands. Il chercha à réconcilier Louis le Débonnaire avec ses petitsfils ; la chute de Lothaire lui fit quitter son abbaye pour la retraite, d'où il sortit pour être promu au siège de Mayence. Il fit réunir plusieurs conciles dont il fut l'âme ; on y décréta des règlements pleins de sagesse pour la discipline et la réforme des abus; une de ces ordonnances porte que chaque évèque doit avoir des homélies écrites