‹ Histoire des littératures étrangèresChapitre 17 sur 205 · CHAPITRE PREMIER. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. S

en latin vulgaire et en langue tudesque pour Tinstruction des fidèles. Dans une famine qui désola TAUemagne en 850, RaLan Maur distribua aux pauvres son revenu, et en nourrit chaque jour plus de trois cents. Il combattit les erreurs de Gotteschalk qui niait la liberté humaine et enseignait la prédestination : un concile de Mayence condamna ces erreurs.

Il a composé de nombreux commentaires sur TÉcriture sainte, objet particulier de ses études; un traité philosophique^ De umverso, sorte d'encyclopédie un peu confuse, comme toutes celles du moyen âge ; un livre mr ht Ètymologies, où il cherche à tracer une histoire du langage, en le faisant dériver de l'hébreu; il commença même un Dictionnaire latin-allemand , qui prouve sa sollicitude pour la langue nationale. Enfin il composa des poésies latines, et des hymnes pour l'Église, dont plusieurs sont restées au bréviaire; on lui attribue, entre autres, le Veni,sancte Spiritus, mais sans preuve positive.

C'est toujours dans les couvents qu'il faut aller chercher les éléments et les preuves du mouvement intellectuel au moyen âge, et, chose singulière, c'est dans un monastère de religieuses que nous trouvons , en latin , les premières comédies composées à l'imitation des anciens.

L'abbaye de Gandersheim, fondée par le duc de Saxe Ludolf, avait pour supérieure au neuvième siècle une femme distinguée, nommée Hrotswitha, qui était versée dans la littérature latine; elle admirait surtout Térence, et se mit en devoir de l'imiter, en composant des pièces chrétiennes sur le patron des comédies de l'auteur latin. Le monastère servait d'asile à une foule de personnes nobles, les unes comme religieuses, les autres comme élèves; trois filles du àuc Ludolf en avaient été abbesses.

et sa femme elle-même y avait fini sa vie. Aux jours de fête et de cérémonie, l'abbaye s'ouvrait pour les évoques, les abbés, les nobles familles du voisinage, et le couvent leur donnait le divertissement d'une comédie latine composée par la supérieure. Ce curieux spectacle se passait au dixième siècle, au début de celte société féodale qui ne rêvait que conquêtes, coups d'épée et aventures : si elle comprenait la langue de Térence, il faut avouer qu'elle n'était pas trop ignorante.

Toutes ces pièces sont en prose ; elles ont un caractère religieux; le triomphe de la vertu en est l'objet; elles se rattachent toutes à la glorification de la virginité. Pour comprendre et excuser la liberté un peu grande de cer" taines scènes, et la crudité de certaines expressions, il faut se reporter à la simplicité naïve de l'époque, et à l'intention pure de celle qui les a écrites; si nous en sommes scandalisés aujourd'hui, c'est qu'un certain raffinement de mœurs et de langage nous a habitués à masquer sous des formes élégantes et déguisées une corruption de mœurs qui est certainement plus grande de nos jours que sous la rude écorce des mœurs du moyen âge.

Les pièces de Hrotisviritha sont la Conversion du prince Gai' licanus; le Martyre des trois Herges, Fo», Espérance, Charité; Papknuce; Abraham; Callimaque.

Outre ce thé&tre monastique , la célèbre abbesse de Gandersheim a encore composé des poèmes religieux , la Nativité immaculée, Y Ascension de Notre^Seigneur , la Passion de saint Gangol/e, de saint Pelage, de sainte Agnès, etc. Rien de bien remarquable dans ces compositions; mais si l'on se reporte à l'époque encore barbare où elles furent écrites, elles supposent un esprit supérieur et singulièrement cultivé.

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