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CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

pathie qu'il éprouvait contre la France s'est manifestée jusque dans ses critiques littéraires à propos de nos écrivains, même les meilleurs. Ainsi Racine et Molière n'ont pu trouver grâce devant lui; il les poursuit de critiques malveillantes, dont l'amertume et l'injustice ne peuvent être excusées par le patriotisme. Cet esprit étroit de rancune et de partialité dépare singulièrement sa belle Histoire de la littérature ancienne et moderne, où il y a tant de vues neuves, ingénieuses, et de profondeur philosophique.

Mais il est encore une autre raison qui empêchait Frédéric Schlegel de goûter nos écrivains classiques. Partisan déclaré de l'école romantique, dont il est, avec son frère Auguste, le chef et le théoricien, il nous jugeait avec des idées préconçues : son siège était fait; l'esprit de système l'emportait sur la sagacité ordinaire de son jugement. L'école romantique avait alors pour organe le journal YAthenœum, rédigé par les deux frères Schlegel, et qui exerça une grande influence sur les idées littéraires de l'Allemagne. Travailleur infatigable, Frédéric Schlegel fit de savantes recherches sur Tantiquité, et composa ime Histoire de la poésie grecque et latine; il se tourna ensuite, ainsi que son frère, vers l'Orient, étudia le sanscrit, où il retrouva la source des langues modernes, et écrivit un livre remarquable sur laLangueet la sagesse des Hindous, Il termina sa carrière par deux ouvrages qui peuvent compter parmi ses meilleurs, la Philosophie de la vie^ et la Philosophie de F histoire : à part quelques rêveries et des abstractions systématiques, les idées y sont nobles et grandes, le sens profondément religieux. Frédéric Schlegel s'était fait catholique en 1805.

Auguste-Guillaume Schlegel (1786-1845) était l'aîné des

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deux frères, mais il lui survécut de seize années. Il fit ses études à l'université de Gœttingen , et ce fut Bûrger qui rentratna vers la littérature. Dans ses poésies, qui sont la part la moins importante de ses œuvres, il se montra fidèle à Técolede Klopstock, et s'attacha surtout à la régularité de la forme , au rhythme du maître ; ses sonnets ont partout le mérite d'un travail d'artiste. Mais sa gloire est attachée à ses critiques et à ses traductions de Galderon et de Shakspeare : il a rendu leurs œuvres en allemand avec un rare bonheur. De même , par sa Bibliothèque indienne, il a contribué, avec son frère, à révéler l'Orient à l'Europe. Il fit des cours de littérature à Berlin , puis à Vienne , se lia avec madame de Staël et devint précepteur de ses enfants. Il vint avec elle à Paris en 1807. C'est àSchlegelque madame de Staël dut l'avantage de connaître si bien la littérature et la société allemandes; il contribua ainsi pour sa part à l'éclosion de ce beau livre sur l'Allemagne, qui déplut si fort à Napoléon, mais qui fut pour la France ime sorte de révélation du génie germanique. Il devint ensuite professeur de littérature à l'université de Bonn. Quoique très-sévère , comme son frère , pour nos écrivains français, A. Schlegel n'en maniait pas moins notre langue avec une élégante facilité; c'est ainsi qu'il écrivit en français une Comparaison de la Phèdre de Racine avec celle iEur ripide, dont les conclusions sont fort rigoureuses pour notre poëte ; c'est aussi en français qu'il écrivit son Essai sur la langue et la littérature provençale. Son ouvrage le plus connu chez nous est le Cours de littérature dramatique, traduit par madame Necker de Saussure. C'est le résultat des leçons qu'il avait données en .public à Vienne ; il n'y est pas plus juste ni plus impartial que son frère Frédéric pour nos écrivains français : c'était chez eux une opinion

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