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CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

arrêtée, un système où le mauvais vouloir l'emporte sur la saine raison.

Louis Tieck ( 1773-1853) ne peut être séparé de ses amis, les frères Schlegel, dans cette école romantique qui voulait greffer les idées nouvelles sur les souvenirs du moyen âge et sur les littératures étrangères. A ses débuts , il suivait les errements de l'école sceptique dont Nicolaï était un des derniers représentants , mais il comprit bien vite que l'avenir appartenait à l'école nouvelle, et il se rangea sous ses drapeaux. C'était moins pour lui une conviction qu'un moyen de succès , car au fond il avait une intelligence ardente et mobile, un sentiment de l'art plus vif que profond, et son imagination se laissait facilement séduire par tout ce qui lui offrait le charme de la nouveauté. Sa critique n'a pas la profondeur sérieuse ni le goût arrêté de celle des deux Schlegel; cependant il y a des vues ingénieuses , de la finesse , et même de la sensibilité religieuse dans ses Fantaisies sur l'Art, aussi bien que dans ses romans artistiques. Confidences d^un moine amoureux de l'art et Voyages de Franz Stembald. Outre ses nombreux articles de critique théâtrale, il faisait de la critique littéraire et de la satire jusque dans ses drames, ses contes et ses ronaans ; causeur habile , ingénieux , intarissable , il abonde partout en traits humoristiques et piquants, en saillies ingénieuses et spirituelles ; il a une verve entraînante, une fécondité d'imagination qui rappelle celle de Wieland; c'est un charmant esprit, qui sait plaire et instruire en même temps.

Ses ouvrages sont nombreux et divers ; ils correspondent à plusieurs phases de sa vie et de son talent, qui subit certaines variations notables. Dans sa première ferveur romantique , il se plongea avec ardeur dans le moyen âge , et mit

en drames la légende de Barbe-Bleue, les Quatre JUs Aymon, Geneviève de Brabant; il fit des comédies satiriques , le Chat botté et le Prince Zerbino. D publia ensuite les Minnelieder du temps de la maison de Souabe, et exhuma des anciennes littératures le Vieux théâtre allemand, le Vieux théâtre anglais; il compléta la traduction de Shakspeare , commencée par Schlegel. Il fit aussi une excellente traduction de Don Quichotte. Ses romans, contes et nouvelles, charment par l'imprévu, l'entrain et la verve, quoiqu'il fasse souvent bon marché des règles et de la vraisemblance. Enfin ses poésies lyriques lui donnent encore un rang distingué parmi les poètes du temps.

Il nous reste à citer, dans ce courant des idées romantiques, quelques écrivains qui l'ont suivi avec une certaine gloire, et servent à compléter le tableau de cette école transitoire.

Nous trouvons d'abord les deux noms inséparables de Brentano et d'Arnim , qui se rattachent à celui de Gœthe par des rapports intimes de famille et d*amitié. Clément Brentano (1777-1844) était petit-fils de cette célèbre Sophie de La Roche, aimée de Wieland pendant sa jeunesse, et qui avait accueilli si favorablement la jeunesse de Gœthe pendant son voyage sur les bords du Rhin. Clément avait pour sœur cette charmante et spirituelle Bettina, si coimue par son vif attachement pour Gœthe, devenu vieux, et femme de l'écrivain Achim d'Arnim.

Clément Brentano était un esprit élevé , un cœur plein de noblesse ; un certain caractère mystique l'attirait vers les idées religieuses ; il finit par se faire catholique en 1818, et vécut même assez longtemps dans un couvent. Ses poésies sont pleines de sentiment, quoiqu'il ne soit pas toujours assez maître de sa pensée et de son imagination.

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