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CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

Dans le genre dramatique , on cite surtout sa tragédie de Ponce de Léon, inspirée parle théâtre de Galderon. Il a fait aussi de jolies Nouvelles; mais sa meilleure idée littéraire est la collection des vieux chants nationaux, publiée de concert avec son beau-frère Achim d'Amim , sous ce titre : le Cor enchanté de Venfant,

Achim d'Arnim (1781-1831), en sa qualité d'écrivain romantique, était enthousiaste du moyen âge et de la chevalerie ; il en a exploré les souvenirs dans son drame le Coq de bruyère, et son roman les Gardiens de la couronne, resté inachevé. Il y a beaucoup de fantaisie et même de bizarrerie dans son invention : le côté sombre y domine, et rappelle parfois la manière d*Hoffmann. La Comtesse Dolorès et Isabelle d'Egypte sont de ce genre.

n faut bien consacrer quelques lignes au souvenir de cette piquante et légère Betlina Brentano , femme d' Achim d'Arnim, qui doit surtout sa célébrité à un livre étrange , publié par elle : Correspondance de Gœthe avec une enfant. Elle n'avait guère que quatorze ans, et Gœthe en avait soixante y lorsqu'elle s'avisa de déclarer au vieux poëte olympien un de ces hommages passionnés qui toucheraient au ridicule si l'on y voyait autre chose que l'admiration enthousiaste inspirée par le génie. C'est un roman de tète plutôt que de cœur, où la fantaisie de Bettina jouait le principal rôle ; ce qui eût scandalisé la puritaine Angleterre parut tout simple et tout naturel à la grave Allemagne, que n'étonne aucun caprice de l'âme ni aucune audace de l'imagination. La passion de Bettina pour le grand homme était sans doute un moyen de donner de l'importance à sa petite personne, toute pétrie de fantaisie, d'élans, de boutades spirituelles et malicieuses. Si madame d'Amim a voulu poser devant la postérité, ce qui semble fort pro-

bable , elle y a parfaitement réussi. Sa Correspondance intéresse et amuse; elle s*y joue, comme un feu follet, au milieu de cette société allemande qu'elle peint des couleurs les plus vives et les plus vraies. « Ce Mercure en jupons, dit un critique, plus vif qu'Arlequin, plus changeant que le nuage, rêveur, triste, gai, jovial, esthétique, politique, musical , pittoresque et sentimental , touche en passant à toutes les choses graves ou frivoles de son pays. La mère de Gœthe est pour une bonne part dans cette Correspondance de Bettina : c'est par la mère que Bettina avait commencé ses relations dans la famille. Elle éprouva un jour un violent dépit contre madame de Staël, à propos de certains égards que Gœthe avait eus pour cette femme célèbre. Il est curieux de voir comment elle en parle, en écrivant à madame de Gœthe. « Pourquoi ne pas m'envoyer la lettre de Gœthe? Depuis le 13 août, je n'ai pas un mot de lui, et nous voici à la fin de septembre. Madame de Staël lui aura suffi, et il ne se sera pas souvenu que j'existe. Une femme célèbre, c'est quelque chose d'étrange! nulle autre ne peut se mesurer avec elle ; nous sommes le grain, elle est Teaude-vie; je ne sais quoi de stimulant, d'excitant, qui porte au cerveau... Oh! j*aime bien mieux le simple grain et la petite Bettina que l'eau-de-vie et la femme célèbre; j'aime mieux être son pain quotidien que de lui aiguillonner le cerveau et de lui porter à la tête.

€ Maintenant, dois-je vous dire que j'ai soupe hier à Mayence avec madame de Staël î Pas une femme ne voulait s'asseoir à côté d'elle à table. Je m'y suis mise : c'était fort incommode ; les hommes s'étaient tous plantés derrière nous, et faisaient foule pour pouvoir lui parler et la regarder. Les voilà donc courbés sur mon dos, et je .dis à madame de Staël : « Vos adorateurs m'étouffent. » Elle se

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